Nous remercions Aime Simone pour sa disponibilité et ses réponses.
Tu décris ton style comme de la « post-pop ». Peux-tu nous expliquer ce que cela signifie pour toi ?
La post-pop, c’est une musique qui dépasse les frontières traditionnelles de la pop. Je la vois comme un langage hybride où se croisent différentes influences (alternative, électronique, rap, rock, witch house…) C’est une approche qui ne se limite pas aux codes établis mais qui s’approprie des esthétiques variées pour raconter quelque chose de plus profond et introspectif.
Ton parcours artistique n’a rien de linéaire. Comment penses-tu que tes expériences personnelles ont façonné ta musique ?
Chaque étape de ma vie a laissé une empreinte dans ma musique. Mon exil à Berlin, mes luttes personnelles, les moments de renaissance… Tout cela s’entend dans mes sons, dans mes paroles. Mon approche est instinctive : je crée avec ce que je vis, avec l’urgence de dire quelque chose de vrai. C’est aussi pourquoi chaque projet marque une évolution – je ne cherche pas à reproduire le passé, mais à capturer ce que je ressens au moment présent.
Berlin a été un tournant dans ta carrière. En quoi cette ville a-t-elle influencé ton son et ta vision artistique ?
Berlin m’a offert une liberté totale. J’ai découvert la culture club, l’underground, une approche plus brute de la musique. Là-bas, j’ai appris à tout faire moi-même, à ne pas attendre qu’un système me valide. Cette ville m’a aussi fait comprendre que l’art pouvait être un acte de résistance, une forme d’indépendance. C’est cette mentalité qui m’a poussé à construire mon univers et à ne jamais faire de compromis.
Tu as une approche très DIY, de l’écriture à la production. Pourquoi est-ce important pour toi de garder ce contrôle sur ta musique ?
Parce que ma musique est une extension directe de mon être. Quand j’écris, produis, enregistre, je veux que tout soit en cohérence avec mon ressenti. C’est un processus intime, presque vital. Cela me permet d’aller au bout de mes idées sans filtre, sans dilution. J’aime collaborer, mais le cœur de mon projet reste profondément personnel.
REV est décrit comme ton album le plus ambitieux et conceptuel. Comment est née l’idée de cet album ?
REV est né d’un besoin de transformation. Après mon dernier album, je ressentais l’envie de quelque chose de plus radical, de plus brut. C’est un disque qui parle de mutation, d’affrontement avec soi-même, de lutte avec le monde extérieur, les combats d’une vie. Il y a une dramaturgie dans cet album, comme un parcours initiatique où l’on plonge dans l’ombre pour en ressortir plus fort.
Tu joues beaucoup avec les notions de révolution, revanche et révélation. Quel message veux-tu transmettre à travers ces thèmes ?
Ces trois concepts sont comme des forces qui se répondent. La révolution, c’est le changement, le chaos nécessaire pour briser des schémas anciens. La revanche, c’est l’acte de reprendre son pouvoir, d’exister sans concession. Et la révélation, c’est le moment où tout s’éclaire, où l’on comprend que l’on est à sa place. REV parle de ce voyage intérieur, de cette bataille pour devenir soi-même.
L’album explore une mythologie personnelle avec des références au fantastique et au romantisme noir. Quels auteurs ou œuvres t’ont inspiré ?
J’ai été absorbé par Paradise Lost de John Milton, notamment la version illustrée par Gustave Doré. J’aime l’idée que la beauté et l’horreur peuvent coexister, que la lumière naît du chaos. J’ai aussi été inspiré par les nouvelles de fiction un peu dystopique d’Edgar Allen Poe et James Joyce. Je vois REV un peu comme une collection de nouvelles, chaque chanson est un chapitre de l’histoire mais elles peuvent aussi être indépendantes. Je voulais que REV ait cette dimension presque mythologique.
Tu parles de “l’underworld” comme un monde où tout est en mutation. Quelle est ta vision de cette réalité alternative ?
L’underworld est un espace mental et symbolique. C’est là où toutes les émotions refoulées, les peurs, les désirs interdits s’expriment. Dans REV, c’est un lieu de transition : on y plonge pour se déconstruire et renaître. C’est aussi une métaphore du monde parallèle qu’on crée dans nos têtes pour survivre, rêver et transcender le réel.
REV marque une évolution sonore avec des influences rap, punk et witch house. Comment as-tu construit cette nouvelle direction musicale ?
J’avais envie d’un son plus tranchant, plus viscéral. Le rap m’inspire pour son côté brut et direct, le punk pour son énergie, et la witch house pour cette ambiance sombre et hypnotique. J’ai voulu mélanger ces influences tout en gardant ma sensibilité pop, pour créer un équilibre entre puissance et mélancolie.
“TAKING MY DISTANCE” ouvre l’album sur une énergie intense. Pourquoi avoir choisi ce morceau comme introduction ?
Parce que c’est un cri d’émancipation. Il pose les bases du voyage de REV : un besoin de s’éloigner, de tout remettre en question. C’est un morceau qui explose dès les premières secondes, il te plonge directement dans l’univers de l’album sans transition.
“IN MY BLOOD” parle d’adversité et de combats intérieurs. Peux-tu nous en dire plus sur sa signification ?
C’est une chanson sur la résilience, sur le fait de porter en soi une énergie qui nous pousse à avancer malgré les obstacles. Elle parle de la capacité à transformer la douleur en force, à se réinventer sans cesse.
“FAST CITY” semble refléter une révolte et une quête d’émancipation. Quelle était l’intention derrière cette chanson ?
C’est une chanson sur l’urgence, sur le besoin de vitesse, de battre le système capitaliste a son propre jeu. Elle capture aussi l’énergie d’un monde qui va trop vite, où tout semble éphémère. Il y a cette tension entre le désir de s’échapper et celui de laisser une empreinte.
Dans “DEVIL DONE”, tu dialogues avec ton démon intérieur. Comment abordes-tu cette dualité dans ta musique ?
Nous avons tous une part d’ombre. “DEVIL DONE” est un face-à-face avec cette part-là. Accepter ses failles, ses contradictions, c’est aussi un moyen de ne plus être dominé par elles. La musique est pour moi un exutoire, un moyen d’exorciser ces tensions.
L’expérimentation vocale est très présente dans l’album. Comment travailles-tu cet aspect pour renforcer la narration ?
La voix est un instrument narratif en soi. J’aime la modeler pour qu’elle épouse les émotions des morceaux. Parfois elle est douce et aérienne, parfois brute et presque menaçante. Cette dualité renforce le story-telling de REV.
Ta partenaire Sonja Fix joue un rôle clé dans ton univers artistique. Comment collaborez-vous sur la création visuelle et musicale ?
Sonja est essentielle, nous avons une connexion artistique très forte, nos échanges sont fluides, instinctifs et c’est ensemble que nous avons construit l’univers de REV aussi bien son concept que ses visuels et la musique. Nous sommes un duo créatif et elle sera désormais sur scène.
L’aspect visuel de REV semble très cinématographique. Quelle importance accordes-tu à l’image dans ton travail ?
L’image est indissociable de la musique. J’aime penser chaque projet comme un univers total et immersif.
Sur scène, comment retranscris-tu l’énergie et les émotions de REV ? As-tu une mise en scène particulière pour cet album ?
Le live est je crois la meilleure façon de comprendre ma musique. L’énergie que j’arrive à transmettre dans un concert est unique, elle reflète la tension et la catharsis de l’album. C’est la meilleure façon de transporter le public dans l’univers de REV, la ligne entre rêve et réalité devient floue et pendant quelques instants on peut vivre cette histoire ensemble.
Après REV, comment vois-tu l’évolution de ton univers musical et artistique ?
Je ne sais pas s’il y aura un « après » REV.
Si tu devais définir REV en un seul mot, lequel choisirais-tu et pourquoi ?
REV sans en dire plus
