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  Interviews  Dééfait, l’interview
Interviews

Dééfait, l’interview

Sebastien CironSebastien Ciron—11 décembre 2025
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Meri beaucoup à Adrien, Ricardo, Pablo, Lucas et Grégoire d’avoir pris le temps de répondre à nos questions.

Ta musique semble surgir d’un labyrinthe de câbles et d’impulsions psychédéliques. Comment décrirais-tu l’ADN sonore de Dééfait à quelqu’un qui n’a encore jamais plongé dans ton univers ?
Dans l’ADN, il y a inévitablement du rock, c’est sûr. Mais après, il y a tellement de références et d’influences que ça donne au final un truc assez difficile à décrire. Mais c’est entêtant, psyché, hypnotique, un bruit qui enveloppe.

Qu’est-ce qui t’attire dans ce mélange singulier entre erratic kraut, psyche et helium noise ?
L’extase, l’euphorie et le délire que provoquent ces sonorités.

Quels artistes, scènes ou esthétiques ont façonné cette direction ?
Le kraut, le noise, le no wave, le punk, la musique expérimentale. Mais ce n’est pas tout : il y a tellement de choses qu’on aime qui n’ont rien à voir avec le rock, ni même parfois avec la musique, et qui pourtant sont là.

Tes morceaux ont quelque chose d’hypnotique, presque rituel. Quelle place laisses-tu à l’improvisation dans ta manière de composer ?
Ça part presque toujours de l’improvisation, puis après on essaie de la modeler, en essayant de ne pas perdre tout ce qui s’était créé de façon spontanée.

Tes textes sont décrits comme acides, incisifs, presque tranchants. Quelles images, obsessions ou colères alimentent ton écriture ?
Pour l’EP, c’est surtout une obsession pour le vivant, l’amour, la chair comme matière, l’animalité : tout cela comme une sorte de rédemption ou un moyen d’arriver à un état vide et résigné.  Et en même temps, c’est une position politique. Une manière de répondre à tous les discours de pouvoir, aux idéaux et aux injonctions qui nous tombent dessus en permanence.

La voix semble parfois surgir comme un instrument parmi d’autres, presque noyée dans la texture. Quelle relation entretiens-tu avec la clarté ou l’opacité du message verbal ?
Je ne suis ni un parolier, ni un poète, ni quelque chose du genre. Je pars de ce qui se crée pendant les improvisations : des balbutiements, des cris, des chuchotements. Puis j’écris dans la langue qui colle le mieux : anglais, français, espagnol. Ma langue maternelle c’est l’espagnol, je suis bilingue en français parce que j’ai vécu longtemps dans ce pays, et l’anglais est très présent aussi depuis toujours dans ma vie, par ma culture.
Les paroles, ce sont des images, des idées, des concepts, des histoires, mais tout est mêlé, tout est chaotique : même la grammaire, la syntaxe, la phonétique et l’orthographe sont brisées. Et dans ma façon de chanter, les trois langues sont aussi triturées, avec une articulation plutôt musicale et très stylisée. Alors oui, le message reste obscur. Mais malgré ça, il se passe un événement intelligible et révélateur dans le mélange entre les mots et la musique.

Quelle est la réaction du public qui t’a le plus marqué et pourquoi ?
En fait, ils sont toujours très connectés et en transe pendant les concerts. Un peu comme quand tu fais la fête et que la conscience s’absente pendant quelques minutes, provoquant comme un soulagement.

Ton nom, “Dééfait”, évoque à la fois le délitement et la libération. Quelle histoire se cache derrière ce choix ?
Ça vient d’un livre que Pablo et moi aimons : Los detectives salvajes de Bolaño. Ça se passe au Mexique, dans la capitale qui, jusqu’à encore quelques années, s’appelait le DF, et ça se prononce “défé”. De là, on est arrivés à “Dééfait”, qui évoque ma ville d’origine aussi bien qu’une certaine idée du désordre.

Si tu pouvais collaborer avec un.e artiste contemporain.e pour sortir un EP complètement débridé, qui choisirais-tu et pourquoi ?
Valentina Magaletti. Elle fait énormément de projets et elle est très surprenante. Faire quelque chose avec elle comme son projet Moin, ce serait une super collaboration. Ou aussi, je trouve géniale l’artiste Moor Mother : c’est hypnotique.

Qu’est-ce qui se prépare pour la suite ? Un album, des expérimentations étrangères, une mue sonore ?
La sortie de notre EP le 12 décembre, une petite tournée en janvier dans l’est de la France, notre release party avec le groupe italien culte ZU le 12 février. Entre-temps, on travaille sur le mix de notre premier LP qui sortira au printemps ou en été, et puis jouer dans des festivals au printemps et en été.

Enfin : que doit absolument vivre le public quand il se retrouve face à Dééfait, sur scène ou dans un casque ?
Ce qu’il veut, mais il faut qu’il écoute fort.

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Sebastien Ciron

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