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  Interviews  L’interview de Coeur Kaiju et nouveau clip »Seulx »
Interviews

L’interview de Coeur Kaiju et nouveau clip »Seulx »

Sebastien CironSebastien Ciron—4 février 2026
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Cœur Kaiju puise son nom dans le terme japonais kaijū, ces créatures mystérieuses assimilées à des forces de la nature, imprévisibles et indomptables. À l’image de ces monstres mythiques, le cœur peut tout autant ravager que contraindre à l’acceptation : une énergie sauvage qu’il faut apprendre à apprivoiser pour coexister avec elle.

Porté par une poésie pop en français, à la fois mélancolique et résolument dansante, le groupe navigue entre une pop moderne et groovy  évoquant Phoenix ou MGMT  et l’héritage new wave des années 80, de Blondie à Talking Heads. Actif sur scène depuis deux ans, Cœur Kaiju s’est déjà illustré dans de nombreuses salles et festivals (L’Aéronef, Le Grand Mix, Festival R4…) et a assuré de belles premières parties, notamment pour Naive New Beaters.

Leur premier EP mêle une écriture inspirée par la poésie d’Éluard à une efficacité pop assumée, jouant sur le contraste entre des mélodies lumineuses et des thématiques plus sombres : santé mentale, effacement progressif, fragilité du sentiment amoureux. Une dualité qui fait toute la singularité et la force émotionnelle de Cœur Kaiju.


“Seulx” est sans doute votre titre le plus mélancolique. Pourquoi avoir choisi celui-ci pour une relecture électro aujourd’hui ?

C’est probablement le plus mélancolique, et aussi celui dont on nous a le plus parlé lors de concerts depuis la sortie du 1er EP. On sait donc que c’est un titre particulier pour celleux qui l’écoutent et s’en sentent proches. C’est aussi un titre à part pour moi puisqu’il correspond à une mise à nue très frontale dans les paroles, ce que je n’avais jamais vraiment fait de façon aussi crue. Je pense que sa place « à part » dans notre répertoire a conduit a vouloir marquer le coup et à en faire un single. Mais c’est comme si c’était la chanson qui l’avait décidé, pas nous.

La question d’en faire un « rework » plus electro et le réarranger, c’est encore autre chose. Le style du groupe s’est affiné durant la dernière année et j’avais envie de pouvoir rendre justice à cette composition en lui trouvant une place dans notre répertoire maintenant plus axé sur les synthés que sur des guitares typées rock alternatif.

Il y avait aussi un besoin live. Besoin de pouvoir me détacher de mon jeu de guitare et me consacrer de façon plus entière au chant et aux intentions nécessaires afin de vivre et faire vivre cette chanson comme il se doit sur scène.

Dans cette version Rework, on passe d’une solitude introspective à quelque chose de presque collectif. Est-ce que votre rapport à la solitude a évolué depuis l’écriture du morceau 

La question est super intéressante. Merci de la poser. Je ne pense pas que mon rapport a changé, par contre, il y a comme une lueur différente attachée au sentiment, qui est due au fait que tant de personnes sont venues vers nous pour nous témoigner leur relation au titre. Du coup, j’imagine que l’impulsion première de cette chanson, celle de tendre une main vers l’autre et de dire « je sais, moi aussi », c’est comme si on était venu nous la rendre. Se sentir seulx mais ensemble, du coup, ça marche, un peu.

Le titre monte lentement avant une explosion finale très cathartique. Aviez-vous une image, une scène ou une sensation précise en tête en le retravaillant ?

La seule chose précise c’est le frisson. Être pris de court, autant en la travaillant qu’en l’écoutant. J’ai besoin d’être saisi en écoutant ce que j’enregistre. Si je vibre, je m’arrête, et je passe à la suite du tableau. L’enjeu là c’était d’arriver à créer le frisson une deuxième fois, après l’avoir capturé sur la version originale de la track sortie l’année dernière (« Seulex », avec un « e » en plus).

Je l’ai trouvé à l’arrangement et en production, mais on a beaucoup cherché au mix et au mastering pour atteindre à nouveau la viscéralité sans l’incisivité des guitares. Arriver à se détacher de la version originale, ça s’apprivoise aussi.

Cette relecture arrive presque un an après la sortie de l’EP. Qu’est-ce qui a changé chez Cœur Kaiju en un an ?

Quasiment tout. Notre répertoire, notre set live, les techniques lives, nos collaborateurices. On s’est émancipé d’une déception managériale et on est complètement indépendants aujourd’hui. On bosse avec une super équipe de technicien.ne.s. Je pense que le truc le plus explicite, c’est qu’on sait qui on est. Quand tu écoutes le premier EP, il y a encore un arc en ciel de directions dans lesquelles on peut aller, et tout n’est pas hyper clair. Depuis, on a enfin trouvé une palette de nos propres couleurs.

Cette ressortie ressemble plus à une célébration qu’à une simple réédition. Aviez-vous besoin de “figer” cette première année d’existence du projet ?

Ça fait du bien que vous ayez ressenti ça ! On se sent compris, c’est pas toujours si évident, merci, c’est exactement ça. Ici on célèbre la naissance du groupe qui balbutie avec ses tracks en anglais en bonus, on célèbre son histoire avec la nouvelle pochette et notre « mascotte », le Coeur Kaiju du clip, qui n’était pas encore là lors de la sortie du 1er EP. On fête aussi nos aventures lives avec la conjugaison en studio de la version acoustique de la chanson « Coeur Kaiju », qui était née à l’occasion de notre release party.

La version acoustique de Cœur Kaiju était très attendue par le public. Qu’est-ce que le dépouillement révèle de vos chansons que la version studio ne montre pas ?

Sans trop réfléchir, je dirai que l’accent sur le texte est plus explicite, mais je pense que ce que l’on révèle aussi, c’est la douceur. Derrière les arrangements pop funk de la chanson de départ, il y a de la douceur en filigrane. Derrière chacune de nos chansons, elle est là.

Vous ajoutez deux titres en anglais, Banshees et I Said Please, aux esthétiques très contrastées. Pourquoi ce choix maintenant, et que représente l’anglais dans votre écriture ?

J’ai vendu la mèche plus haut je pense, mais en fait, le groupe a commencé en anglais puisque j’avais écris les 10 dernières années en anglais. En fait c’est peut-être justement après avoir éprouvé l’anglais pendant 10 ans que dans un esprit de « renaissance » avec un nouveau groupe, j’ai tout naturellement reswitché sur la français. Mais mes process d’écriture restent les même. Après, ce que l’anglais représente, clairement, c’est tout l’aspect mélodique du chant qui constitue la base de nos influences, majoritairement anglo-saxonnes.

Ce contraste douceur / tension semble central chez vous. Est-ce quelque chose de réfléchi ou d’instinctif ?

Encore échec et mat. J’adore répondre à vos questions haha. Je dirais que tout est instinctif, cependant, c’est dans ce contraste que je me sens le plus libre de m’exprimer clairement. Rien n’est immaculé, tout se mélange, se tuile… La dynamique première de Coeur Kaiju, c’est d’arriver à exprimer un sentiment viscéral, que ce soit lumineux ou difficile, mais dans une pulsation qui rend ce sentiment tolérable. On a la douceur de la pop pour survivre à la tension des paroles.

Cette réédition s’accompagne d’une évolution de votre univers visuel. À quel moment avez-vous senti que l’identité de Cœur Kaiju commençait vraiment à s’affirmer ?

Clairement, lors du tournage de notre clip, que j’ai co-réalisé avec Eric Bézy.

L’imaginaire exceptionnel de la plasticienne Eglantine Bacro a donné naissance à notre logo, mais aussi à notre Coeur Kaiju, créature-totem mascotte. Visuellement, on est des kids de la pop-culture, on vit dedans, mais à notre façon. On accepte parfaitement l’absurde tristesse du monde actuel, mais on évolue aussi dans un univers dans lequel on invite chaque personne à nous rejoindre pour rendre l’air plus respirable. La mélancolie du clip de la version acoustique par Nicolas Djavanshir est une sorte de miroir de l’univers pop-films-de-kaiju-eiga-godzilla de la version originale.

On est tout ça à la fois, mais on le canalise. Notre dresscode majoritairement noir et blanc est aussi là pour créer un contraste (encore!) avec les foisonnements visuels et sonores du groupe.

Clips, festivals, tournées… Est-ce que la scène a changé votre manière de penser vos morceaux en studio ?

Oui, beaucoup. En fait la dynamique qu’il existe entre trois personne est déjà très forte, et je pense que tous les nouveaux titres témoignent d’une production plus simple : on a une guitare (ou clavier)-basse-batterie, et les arrangements de synthés arrivent comme une 4ème personne, mais pas comme un orchestre. Il faut que les arrangements soient -quasiment hein !- tous jouables par une seule personne. Ça resserre le propos aussi, et je peux avoir tendance à me laisser un peu dériver en studio, du coup cette vision-là est un excellent garde-fou (Jeremy et Thomas le sont aussi d’ailleurs!)

Si vous deviez décrire l’univers de Cœur Kaiju à quelqu’un qui ne vous a jamais écoutés, vous parleriez plutôt d’images, de sensations ou d’émotions ?

Je dirais que c’est la mise en contraste d’émotions. Nous sommes des petits êtres qui ressentons toutes des grandes choses qui nous dépassent bien souvent. On jubile. On est terrorisé.e.s. On s’effondre. On est tout ça à la fois, en même temps.

Votre musique évoque autant la poésie rock française que l’électro plus frontale. Quelles sont les influences qui vous rassemblent tous les deux / tous ensemble ?

Je dirais que l’écriture alambiquée d’artistes 80’s qui gravitent autour de la new-wave (mais pas que) : Tears For Fears, Kate Bush, a-ha, Duran Duran. En France, on va avoir par exemple Phoenix plus récemment, ou alors Niagara dans les 80’s.

Y a-t-il une collaboration rêvée, réaliste ou totalement fantasmée que vous aimeriez tenter ?

On a dans l’idée que la voix de Vanessa Paradis serait parfaite pour un de nos titres, ou alors celle d’Olivia Merilahti, tellement unique. Flora Fishbach aussi, son dernier album est d’une richesse dingue. Complète différente vibe mais Zazie aussi ça pourrait être super intéressant. Nicolas Sirkis pour la rencontre. Après on peut entrer dans des références un peu plus de niche (quoi que), mais avoir un morceau produit par Tony Visconti, qui a bossé avec Bowie et Marc Bolan, ça serait top aussi. C’est autant en featuring qu’en prod j’imagine. Allez, on va dire John Frusciante aussi. Il fera ce qu’il veut.

Aujourd’hui, qu’est-ce qui vous inspire le plus : la musique, le cinéma, la littérature, ou la vie de tournée ?

La musique, toujours, le cinéma, constamment, la littérature et plus particulièrement la poésie, mais pas vraiment la vie de tournée ! J’aime beaucoup tourner mais comme on est plutôt dans des phases « performatives » quand on tourne, ce ne sont pas forcément des moments propices à l’inspiration en ce qui me / nous concerne, mais plutôt à la canalisation des énergies pour un focus sur les morceaux qui existent déjà.

Vos morceaux prennent souvent une autre dimension sur scène. Qu’est-ce que le live permet que le studio ne permet pas ?

La communion. Sur scène, la musique devient un flux. Elle part de nous, passe par le public, nous revient changée par leur écoute, leurs mouvements, et on leur renvoie à nouveau. En studio, on peint la mer. En live, tout le monde se baigne dedans en même temps, sans distinctions.

Est-ce que vous avez une anecdote de concert qui résume bien l’esprit de Cœur Kaiju un moment imprévu, drôle ou très fort émotionnellement ?

Je pense que le truc le plus WTF ça doit être cette date autour de décembre où on s’est aperçu entre deux chansons que la salle de concert n’avait pas complètement coupé la diffusion de ses chansons de Noël en fond sonore. Du coup toi tu termines un morceau, tu te remets de l’émotion, et soudain résonne le Pitit Papa Noël. Je te parlais de contraste mais là on faisait pas le poids ! Elles étaient pas là au début du concert mais je pense qu’il y avait une sorte de boucle et l’orga n’avait pas coupé.

Après cette réédition et Seulx (Rework), est-ce que vous êtes déjà tournés vers la suite ou avez-vous encore besoin de vivre un peu avec ces morceaux ?

On est déjà dans la suite. Le rework de Seulx nous aide à faire la transition je pense. On joue déjà sur scène des titres pas encore sortis et on a maquetté cet été environ une dizaine de nouveaux titres. Je dirais que pour la plupart il n’y a plus que les paroles, la base musicale est assez solide et il y a même quelques chansons dont la prod est quasi terminée !

Si Cœur Kaiju devait évoluer vers quelque chose de différent demain, qu’est-ce que vous refuseriez absolument de perdre en chemin ?

La sincérité, la viscéralité, la vérité.

Le Grand Mix
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Sebastien Ciron

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