Avec Alarmonie, on sent un équilibre très fort entre rêve et réalité: comment ce concept s’est-il imposé dans ta création musicale et visuelle ?
On m’a souvent dit qu’il fallait que je passe à l’action, que je sorte de « mon monde ». Pendant longtemps, ça a provoqué chez moi un sentiment d’inadéquation : j’avais l’impression de ne pas être comme il fallait pour être un humain “correct”. La seule façon de sortir de mon monde que j’ai trouvée, c’est d’avoir un nouveau rêve à partager. C’est de là qu’est née cette chanson et ces images en lesquelles une rêveuse et une femme d’action finissent par trouver un terrain d’entente.
Tu as réalisé toi-même le clip de Alarmonie. Quelle part de toi se révèle dans l’image par rapport à la musique ? Et comment as-tu vécu ce double rôle ?
Quand je compose une chanson, j’ai presque toujours les images du clip qui défilent dans ma tête. La part de moi qui se révèle dans l’image, c’est ce paysage intérieur très intime, celui du moment où la chanson naît. Ensuite, j’ai été bien aidée par Alexandre Athané pour le scénario, et par une équipe de champions sur le tournage ; qui m’ont rendu ce double rôle très confortable !
La production de Alarmonie a été faite avec Mark Plati, une figure mythique ayant travaillé avec Bowie ou The Cure. Comment s’est passée cette collaboration à New York, et qu’est-ce qu’elle t’a apporté artistiquement ? Mark Plati, en plus d’être un excellent musicien et un vrai génie de la réalisation est doté d’une grande humilité – il tient à rester au plus proche de la vision artistique. Par exemple : il a voulu que les pianos de mes chansons soient joués en studio exactement comme je les avais composés. Ce n’était pas pour me faire plaisir, cela avait un vrai sens artistique pour lui. J’ai appris énormément à ses côtés, techniquement et humainement, mon avis était primordial pour lui et je me suis sentie très inclue dans le processus.
Ce single ouvre la voie à ton troisième album attendu au printemps 2026. Peux-tu nous en dire plus sur les thèmes ou les directions que tu explores dans ce projet ? L’album explore le thème de l’isolement, et tout ce que l’on fait lorsqu’on s’isole : on revisite son passé, on essaie de comprendre pourquoi certaines relations n’ont pas fonctionné, on interroge notre rapport aux autres et la manière dont on souhaite évoluer pour apporter le plus possible au monde. Ce qui m’a frappée personnellement, c’est de constater à quel point je pensais constamment aux autres lorsque j’étais seule. Est-ce que ça veut dire qu’on n’est jamais vraiment tout seul ?
Tes textes sont souvent très introspectifs. Quelle place tiennent pour toi la poésie et l’écriture dans un monde musical où l’on va souvent vers la simplicité ? La poésie occupe une place centrale dans mon écriture. Tout simplement parce que j’aime beaucoup chercher ce qui serait, pour moi, le “bon mot”, au son et au sens. Je pense que des mots imagés ou complexes peuvent devenir très accessibles grâce à une mélodie évidente. En tout cas, à mon avis, la poésie est un monde très vaste dans lequel cohabitent toutes sortes d’espèces de poèmes.
Tu as grandi dans le Nord et commencé la musique très jeune (conservatoire, piano). Comment cette région, son atmosphère, sa culture a-t-elle influencé ton identité artistique ?
C’est assez étrange, mais je pense que la pluie a influencé le type de musique que j’aime. Je n’ai pas beaucoup fait la fête dans ma vie, je suis restée souvent à l’intérieur. J’aime la musique qui s’écoute avec un bon casque, devant une fenêtre, pendant qu’il pleut.
On raconte une anecdote selon laquelle, après The Voice, tu as vécu à Lille en colocation avec plusieurs artistes et peaufiner ton univers avant la sortie de Al’phabête. Comment cette période a-t-elle façonné ton approche créative ?
Je vivais avec de très bons musiciens qui jouaient du rock progressif, et cela a fortement influencé l’écriture d’Alarmonie. L’un d’eux, Pierre Kastler, joue aujourd’hui de la batterie et réalise pour le groupe Ladaniva et la chanteuse Ninon. C’est avec lui que nous avons élaboré les maquettes de l’album. Il m’a accompagnée à New York pour participer aux arrangements, et la version finale est restée très fidèle à ce que nous avons imaginé ensemble !
Depuis ta participation à The Voice, puis The Voice All Stars, ton parcours a été atypique avec des pauses créatives et beaucoup d’écriture. Comment te sens-tu aujourd’hui face à ta carrière et la pression du public ?
Je me sens bien. J’écris aussi pour d’autres depuis peu, et je prends le temps dont j’ai besoin pour mon art. Cela demande des sacrifices, mais je suis prête à les faire pour rester libre. Je n’ai jamais vraiment ressenti de pression de la part du public. Je pense que le public ne demande qu’à être ému, et qu’il est profondément bienveillant – en tout cas avec moi.
Tu t’es toujours définie comme une artiste complète (musique, voix, images). Quels autres médiums artistiques te tentent encore théâtre, cinéma, écriture visuelle ? Tout ! Même si le théâtre me fait un peu peur … On me demande souvent de répéter mes phrases et contrairement au chant que j’arrive à amplifier, je parle à un volume ridiculement faible !
Enfin, quel message souhaites-tu transmettre à ceux qui découvrent Alarmonie pour la première fois et à tes fans les plus fidèles, parfois appelés “Al.Hyiens” à propos de ce nouveau chapitre ?
Merci d’être là
