Il y a des festivals qui suivent les modes. Et puis il y a Sjock. Depuis un demi-siècle, le rendez-vous belge reste fidèle à son ADN : une immense célébration du rock’n’roll sous toutes ses formes, du punk au garage, du surf au rockabilly, de l’americana au psyché. Pour cette 50e édition, le festival n’a pas simplement aligné les grands noms : il a offert trois jours d’une intensité rare où chaque scène respirait la passion, la bière fraîche et la poussière.
Jour 1 : une montée en puissance magistrale
Début avec : Daddy Long Legs transforme la scène en véritable juke-joint new-yorkais. Entre blues rugueux, harmonica sauvage et rock’n’roll primitif, le quatuor impressionne par son authenticité et son incroyable présence scénique. Chaque morceau transpire la sueur et le rhythm’n’blues.
Les vétérans de The Queers rappellent pourquoi ils restent une référence du pop-punk américain. Mélodies imparables, humour permanent et refrains repris en chœur : impossible de résister à cette avalanche de tubes qui sentent bon les années Lookout! Records.
Changement total d’ambiance avec Mariachi El Bronx. Le groupe californien mélange cuivres flamboyants, rythmes mexicains et intensité punk avec une aisance déconcertante. Une prestation festive, dépaysante et incroyablement fédératrice qui fait danser tout le festival.
Place ensuite à JD McPherson, probablement l’un des meilleurs ambassadeurs actuels du rock’n’roll vintage. Son mélange de rockabilly, rhythm’n’blues et soul est servi par une voix exceptionnelle et un groupe d’une précision chirurgicale. Classe absolue.
Les moteurs repartent de plus belle avec The Lords of Altamont. Garage rock psychédélique, orgue vintage, riffs saturés et attitude de bikers : le groupe déverse une énorme dose d’énergie brute qui rappelle les plus belles heures du rock des années 60 revisité façon punk.
Les Vandoliers apportent ensuite une touche d’americana survitaminée. Leur cocktail de country, punk et folk moderne fait mouche grâce à des compositions accrocheuses et une générosité permanente sur scène. Un concert chaleureux et fédérateur.
Enfin, Chris Isaak conclut cette première journée de la grande scène avec une élégance rare. Entouré d’un groupe irréprochable, il alterne rockabilly, country et ballades intemporelles. Sa voix reste intacte et des classiques comme Wicked Game prennent une dimension presque magique sous le ciel de Sjock.
La journée termine avec Split Dogs, véritable bouffée de punk rock britannique. Le quatuor déboule sans fioritures, riffs acérés, énergie permanente et attitude 100 % rock’n’roll.
Jour 2 : le marathon punk, garage et surf
La deuxième journée démarre fort avec Bikini Beach. Leur garage rock explosif aux accents stoner et psychédéliques secoue immédiatement les festivaliers.
Les Néo-Zélandais de The Datsuns enchaînent avec un hard rock garage ultra efficace. Guitares massives, solos inspirés et énergie permanente : le groupe prouve qu’il reste une valeur sûre de la scène rock.
Avec The Bronx, impossible de reprendre son souffle. Leur hardcore punk incandescent transforme instantanément le public en gigantesque pogo. Une démonstration de puissance et d’intensité.
Jon Spencer livre ensuite une leçon de rock expérimental. Entre blues déglingué, garage, punk et improvisations totalement folles, le musicien captive par son charisme hors norme.
Les légendes belges de The Kids rappellent qu’elles restent l’un des piliers du punk européen. Brut, direct, efficace : aucun artifice, uniquement des hymnes qui traversent les décennies.
Les surdoués de Osees embarquent ensuite le public dans une tornade de garage psychédélique. Les deux batteries, les rythmiques hypnotiques et les envolées instrumentales offrent l’un des concerts les plus impressionnants du week-end.
Pause ensoleillée avec Surfer Joe, véritable célébration du surf rock instrumental. Les mélodies lumineuses et les guitares réverbérées transportent instantanément la Californie en plein cœur de la Belgique.
Toujours aussi déjantés, Southern Culture On The Skids mélangent rockabilly, country, surf et humour sudiste dans un show aussi délirant qu’efficace.
Moment historique avec Cock Sparrer. Véritables monuments du street punk britannique, ils enchaînent les hymnes repris par un public entièrement acquis à leur cause. L’émotion est palpable du début à la fin.
Les Californiens de Slacktone impressionnent par leur maîtrise du surf instrumental. Technique irréprochable, son cristallin et élégance permanente.
L’atmosphère devient plus aérienne avec The Raveonettes, dont les harmonies dream pop et les guitares saturées créent un contraste fascinant avec l’intensité de la journée.
Enfin, The Toy Dolls clôturent la soirée dans un immense éclat de rire. Leur punk ultra rapide, leurs mélodies imparables et l’inusable sens du spectacle d’Olga offrent une conclusion aussi festive qu’explosive.
Jour 3 : un dernier tour de piste entre légendes et déflagrations
La dernière journée du Sjock démarre sans douceur avec Provocador, dont le punk rock musclé met immédiatement les festivaliers dans le bain. Le groupe joue avec une conviction contagieuse et donne le ton d’un dimanche qui s’annonce intense.
Arrested Denial prend le relais avec un hardcore ska métallique d’une redoutable efficacité. Breakdowns lourds, riffs incisifs et une énergie débordante : le public répond présent dès les premiers morceaux.
Les Australiens de Public House apportent ensuite leur punk garage fédérateur. Une prestation sincère et puissante des membres de Stiff Richard
Puis arrive Street Dogs. Le groupe conserve ce mélange de punk rock et d’influences celtiques qui a fait sa réputation. Les classiques s’enchaînent dans une ambiance fraternelle, avec un public qui connaît chaque parole.
Le rythme s’accélère brutalement avec ZEKE. Les Américains ne laissent aucun répit : un cocktail de hardcore, de punk rock et de rock’n’roll joué à une vitesse hallucinante. Leur concert est un véritable sprint sonore où chaque morceau semble vouloir battre le précédent en intensité.
À l’opposé de toute retenue, The Dwarves livrent un show fidèle à leur réputation. Punk rock, garage et provocation permanente se mélangent dans un concert aussi chaotique qu’efficace. Fidèles à leur légende, ils entretiennent cette image de groupe imprévisible qui les accompagne depuis les années 1980.
L’un des grands moments de cette édition anniversaire est sans conteste le retour de L7. Les pionnières du grunge et du punk rock prouvent qu’elles n’ont rien perdu de leur rage. Les riffs sont toujours aussi massifs, l’attitude toujours aussi combative, et les hymnes comme Pretend We’re Dead ou Shitlist déclenchent une véritable ferveur. Une démonstration de puissance par un groupe qui a marqué l’histoire du rock alternatif.
L’émotion monte encore d’un cran avec Mike McColgan and The Bomb Squad. L’ancien chanteur fondateur des Dropkick Murphys offre un cadeau exceptionnel au public en interprétant l’intégralité de l’album Do or Die, premier disque mythique du groupe sorti en 1998. Des titres comme Barroom Hero, Boys on the Docks ou Road of the Righteous sont repris à pleins poumons par plusieurs générations de fans. Plus qu’un concert, c’est un véritable voyage dans l’histoire du street punk de Boston, accueilli comme un événement par un public conquis.
Autre monument, Joan Jett entre en scène avec un charisme intact. Véritable icône du rock, elle enchaîne les classiques avec une facilité déconcertante. Sa voix n’a rien perdu de sa puissance et des morceaux comme Bad Reputation, I Love Rock ‘n’ Roll ou I Hate Myself for Loving You transforment le festival en immense karaoké rock. Sa présence rappelle à quel point elle a ouvert la voie à des générations de musiciennes.
Pour refermer cette cinquantième édition, Los Skarnales font exploser les dernières réserves d’énergie du public. Leur mélange jubilatoire de ska, punk, rock, influences latino et cuivres festifs transforme les derniers instants du festival en gigantesque célébration collective. Impossible de rester immobile : tout le monde danse, chante et profite de ces ultimes minutes avant de quitter les bois de Gierle.
Quelques anecdotes qui ont marqué cette 50e édition
- Les 50 ans du Sjock étaient célébrés un peu partout sur le site avec une décoration spéciale, des affiches retraçant l’histoire du festival et de nombreux festivaliers arborant des t-shirts d’anciennes éditions, certains datant des années 1980 et 1990.
- La programmation a parfaitement illustré l’ADN du festival : faire cohabiter des légendes internationales, des groupes cultes et de jeunes formations prometteuses sans jamais perdre son identité rock’n’roll.
- Le concert de Mike McColgan and The Bomb Squad était particulièrement attendu. Entendre l’album Do or Die dans son intégralité, interprété par son chanteur originel, relevait presque du moment historique pour les amateurs de street punk.
- Malgré une affiche exceptionnelle, l’ambiance est restée fidèle à la réputation du Sjock : chaleureuse, familiale et incroyablement respectueuse, où punks, rockabillies, amateurs de garage, de surf et de rock classique partagent le même terrain sans la moindre barrière.
- Une nouvelle fois, le festival a confirmé qu’il était bien plus qu’une succession de concerts : un véritable lieu de pèlerinage pour les amoureux du rock’n’roll sous toutes ses formes.
En cinquante ans d’existence, le Sjock a vu défiler plusieurs générations d’artistes sans jamais renier son identité. Cette édition anniversaire l’a prouvé avec éclat : tant qu’il y aura des amplis, des guitares saturées, des cuivres déchaînés et des refrains repris en chœur, les bois de Gierle resteront l’un des plus beaux refuges du rock européen.
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