Il y a les festivals où l’on vient écouter quelques groupes. Et puis il y a le Brakrock, où l’on vient prendre une claque, croiser des générations entières de punks, perdre quelques décibels d’audition et repartir avec la certitude que le punk rock est loin d’avoir dit son dernier mot.
Pour cette édition 2026, le festival belge a encore sorti l’artillerie lourde : punk, hardcore, skate punk, emo, folk punk, street punk et quelques OVNI parfaitement identifiés. Deux jours à courir d’une scène à l’autre, à slalomer entre les slams, les circle pits et les copains croisés tous les trois mètres.
Et surtout, deux jours où le public a une nouvelle fois démontré que le Brakrock n’est pas seulement une succession de concerts : c’est une communauté qui sait faire du bruit.
JOUR 1 — Mise en jambes, grosses baffes et folie collective
PLAIINS — La première surprise
On ne savait pas forcément exactement à quoi s’attendre avec Plaiins. On a vite compris qu’il fallait simplement se laisser embarquer. Le groupe attaque sans demander la permission et impose immédiatement son univers entre gros rock et punkrock.
Une belle manière d’ouvrir la journée : suffisamment énergique pour réveiller les plus matinaux, suffisamment surprenante pour attirer ceux qui étaient venus « juste jeter un œil ».
Erreur classique du festivalier : jeter un œil au Brakrock finit souvent par prendre deux heures.
FOR I AM — Le savoir-faire belge
Avec For I Am, pas de révolution cosmique, mais une démonstration de savoir-faire. Le groupe connaît parfaitement les recettes du punk mélodique et les applique avec une précision chirurgicale. Des morceaux efficaces, des refrains qui s’accrochent immédiatement et cette capacité à transformer une scène en énorme salle de répétition collective. Du travail propre. Du punk rock qui sait exactement où il va. D’ailleurs très bientôt au Canada pour tout dire.
EVERGREEN TERRACE — La retenue avant l’explosion
On attendait beaucoup d’Evergreen Terrace. Peut-être trop.
Le groupe livre un set solide, maîtrisé, mais avec une certaine retenue. Là où l’on espérait une déflagration hardcore permanente, le concert reste parfois sous contrôle. Pas mauvais, loin de là. Mais au Brakrock, quand on a devant soi un public capable de transformer une pelouse en zone de guerre, on aimerait parfois que le groupe appuie franchement sur le bouton rouge.
TIM VANTOL — La bonne surprise folk
Puis arrive Tim Vantol. Et soudain, le festival ralentit sans perdre une once d’intensité. Guitare, voix, folk punk et cette proximité immédiate qui donne l’impression qu’il pourrait aussi bien jouer devant 200 personnes dans un bar que devant une foule de festival. Le contraste fonctionne à merveille. Une respiration bienvenue dans le marathon électrique. Et surtout une confirmation : au Brakrock, même quand ça ralentit, ça ne retombe jamais.
DEEZ NUTS — Efficacité maximale
Avec Deez Nuts, on ne vient pas chercher de la dentelle. On vient chercher du lourd, du direct, du hardcore qui cogne et des morceaux taillés pour faire bouger une foule. Mission accomplie. Le groupe ne perd pas de temps, distribue les mandales et transforme rapidement le public en masse compacte. Pas besoin d’un mode d’emploi : quand Deez Nuts démarre, le corps comprend avant le cerveau.
PULLEY — Les hits, rien que les hits
Pulley, c’est le genre de groupe qui possède une arme particulièrement dangereuse : le souvenir. Un riff démarre et, quelque part dans votre cerveau, une petite case s’ouvre : « Ah oui, CE morceau ! ». Le groupe déroule ses hits avec cette efficacité propre au skate punk californien. Pas de démonstration inutile, pas besoin d’en faire des tonnes. Les morceaux parlent d’eux-mêmes. Et le public connaît la leçon. Bonus le petit duo avec la chanteuse du groupe Néerlandais DRUNKTANK.
A WILHELM SCREAM — Imparable
Puis arrive A Wilhelm Scream, et là, changement de catégorie. Techniquement, physiquement, musicalement : imparable. Ça joue vite. Très vite. Trop vite pour ceux qui pensaient pouvoir suivre avec leurs yeux. Chaque musicien semble avoir plusieurs bras, trois cerveaux et une haine personnelle envers le tempo raisonnable. Le résultat est aussi impressionnant que jouissif. A Wilhelm Scream transforme le punk hardcore en sport de haut niveau.
THE SUICIDE MACHINES — L’excellence
The Suicide Machines prennent ensuite possession du terrain avec leur mélange explosif de punk, hardcore et ska. Quel plaisir de retrouver cette énergie. Le groupe joue avec une générosité communicative et rappelle pourquoi certains groupes deviennent des références : parce qu’ils savent faire danser, pogoter et chanter une foule sans jamais perdre le côté dangereux du punk.
HOT WATER MUSIC — La puissance
Quand Hot Water Music monte sur scène, on change encore d’ambiance. C’est plus lourd, plus massif, plus viscéral. La voix, les guitares, les mélodies : tout semble avoir été conçu pour prendre directement au sternum. Le groupe n’a plus besoin de prouver quoi que ce soit. Il avance avec la puissance tranquille des groupes qui ont survécu aux modes, aux décennies et aux changements de générations.
LESS THAN JAKE — Professionnels… et témoins d’un moment historique
Less Than Jake, c’est la machine parfaitement huilée. Cuivres, mélodies, énergie, humour et professionnalisme : tout est là. Mais le véritable moment du concert arrive lorsqu’un événement aussi simple qu’incroyable se produit. Après 30 ans de carrière, le groupe assiste à son premier stage dive réalisé par une personne non voyante. Et là, le Brakrock rappelle quelque chose d’essentiel : le punk n’est pas seulement une musique. C’est aussi un endroit où l’on peut faire ce que personne n’aurait imaginé faire ailleurs. C’est la bassiste de Bad Cop Bad Cop aussi qui se déguise en red skeleton pour danser avec eux. Impossible de ne pas sourire.
GOGOL BORDELLO — La folie
Et puis arrive Gogol Bordello. Comment décrire raisonnablement un concert de Gogol Bordello ? On pourrait parler de gypsy punk, de chaos organisé, d’accordéon, de violons, de sueur et d’une foule devenue complètement incontrôlable. Mais autant être honnête : Gogol Bordello ne se raconte pas, il se subit avec le sourire. Une véritable fête populaire sous acide, où les corps sautent dans tous les sens et où la frontière entre scène et public disparaît complètement.
H2O — Fédérateur… mais encore une fois trop court
Pour terminer la journée, H2O a tout ce qu’il faut pour fédérer. Des hymnes hardcore mélodique, une énergie communicative et un public qui connaît les paroles. Le problème ? Encore une fois, le groupe grappille quelques minutes sur son temps de jeu. Et quand on est lancé à pleine vitesse, chaque minute compte. Le fils de Toby, le chanteur, excellent à la batterie lui ne s’arrêterait pas. Ah la jeunesse !!!
On repart néanmoins avec le sentiment d’avoir vécu une première journée particulièrement dense.
JOUR 2 — Du jeune sang aux légendes du hardcore
BRAINDEAD — La jeunesse montre les dents
La deuxième journée démarre avec Braindead, et autant dire que les jeunes pousses n’ont pas l’intention de regarder les anciens jouer. Ça saute, ça cogne, ça hurle. Une entrée en matière parfaite pour rappeler que la relève est là et qu’elle n’a absolument pas l’intention de demander la permission.
SPARE KID — L’emo version génie
Puis arrive Spare Kid. Sur le papier, l’emo peut faire peur au festivalier hardcore qui vient de passer plusieurs heures à manger du moshpit. Sur scène, surprise. Le groupe réussit à transformer l’émotion en véritable force de frappe. C’est intelligent, inspiré, parfois presque fragile, mais toujours suffisamment puissant pour embarquer. Une des très bonnes surprises du week-end.
ROUGHTNECK RIOT — Folk punk à 200 km/h
Roughtneck Riot ne connaissent manifestement pas le bouton pause. Leur folk punk britannique fonce à 200 km/h, avec accordéon, énergie et refrains fédérateurs. C’est joyeux, bordélique, rapide et terriblement efficace. Le genre de concert qui donne envie de boire une bière avec des inconnus en chantant beaucoup trop fort.
TIJS VANNESTE & TANGLED HORNS — Trop intime pour Brakrock
Et puis vient la déception. Tijs Vanneste & Tangled Horns proposent quelque chose de plus intimiste, presque fait pour une petite salle, une proximité différente. Le problème n’est pas le groupe car Tangled Horns c’est la puissance à l’état brut. Le problème, c’est l’adéquation avec le Brakrock. Dans un festival aussi massif et électrique, leur proposition semble parfois perdue dans l’espace. Un concert qui aurait probablement gagné énormément dans un cadre plus petit et plus chaleureux.
WESTERN ADDICTION — Bienvenue dans la quatrième dimension
Western Addiction arrive et nous propulse directement dans une autre dimension. C’est brutal, intense, nerveux. Le genre de set qui vous fait regarder votre montre en vous demandant combien de vertèbres peuvent raisonnablement survivre à une journée de festival. Réponse : moins que prévu.
THE ADOLESCENTS — Face à face avec le public
Les vétérans de The Adolescents ont, eux, choisi une autre arme : le face-à-face. Pas besoin d’en rajouter. Le groupe se retrouve face à un public venu pour ses classiques et lui donne exactement ce qu’il est venu chercher. Un concert qui rappelle qu’il existe une différence entre avoir de l’ancienneté et avoir une histoire.
BOSTON MANOR — L’autre visage du punk
Boston Manor apporte une nouvelle couleur au festival. Plus moderne, plus sombre, plus emo/post-hardcore, le groupe démontre une nouvelle fois que le punk n’est pas condamné à répéter éternellement la même recette. Une prestation qui élargit encore la palette du week-end.
JAYA THE CAT — La fiesta à distance
Jaya The Cat, vus un peu de loin, ressemblent exactement à ce qu’ils doivent être : une énorme fiesta. Du ska, du reggae, du punk, des sourires et probablement suffisamment de cocktails imaginaires pour remplir une piscine. Même depuis l’arrière de la foule, impossible de ne pas sentir l’ambiance.
THE GET UP KIDS — Incontournables
Avec The Get Up Kids, on touche à l’un des moments incontournables du dimanche. Le groupe possède cette capacité rare à faire chanter plusieurs générations ensemble. Les anciens connaissent. Les plus jeunes découvrent. Et tout le monde finit par chanter. Mission accomplie.
NOFX COVERBAND — Parfois, le clone dépasse l’original
Et là, événement presque sacrilège : le tribute à NOFX met le feu comme si Fat Mike avait personnellement envoyé une armée de remplaçants sur scène. Ambiance de folie, interprétation convaincante, public déchaîné. Au niveau de l’atmosphère, le groupe réussit même l’impensable : faire regretter que l’original ne soit plus là. Un excellent moment, aussi drôle qu’efficace. Le petit bonus : Hanne de FOR I AM en duo et stage diving.
GOOD RIDDANCE — Du grand art
Good Riddance prend ensuite la relève. Et là, difficile de trouver quoi redire. Le groupe est carré, puissant, mélodique et surtout terriblement efficace. Du grand Good Riddance. Le genre de concert où l’on se dit que certaines chansons ont été écrites spécifiquement pour être hurlées par plusieurs milliers de personnes. Fleur du groupe MARCH rejoint le groupe pour un titre magnifique !!!!
NO FUN AT ALL — Différent, mais attendu
No Fun At All ne propose pas exactement la même setlist que celle que certains espéraient. Mais le public est là. Et surtout, le groupe reste très bon. Quelques changements peuvent surprendre, mais l’essentiel est ailleurs : les morceaux fonctionnent, la foule répond et l’énergie est bien présente.
AGNOSTIC FRONT — Les chefs sont là
Puis arrivent les patrons. Agnostic Front. Le genre de groupe qui n’a plus besoin d’explication. Quelques accords suffisent et tout le monde comprend immédiatement qui commande.
Hardcore pur jus, attitude, puissance et cette sensation de prendre une leçon d’histoire directement dans les côtes. Les chefs.
TRASH BOAT — La dernière accélération
Trash Boat remet une dose d’intensité avant la dernière ligne droite. Un concert qui maintient la pression alors que les jambes commencent sérieusement à négocier leur démission.
Mais au Brakrock, la fatigue est une faiblesse temporaire. Le public tient.
THE CASUALTIES — Finir dans le chaos
Et pour terminer, The Casualties. Quel meilleur choix pour achever deux jours de punk rock qu’un groupe capable de remettre le feu alors que tout le monde devrait être couché depuis plusieurs heures ? Le street punk explose une dernière fois. Les voix sont cassées, les jambes sont mortes, les vêtements ont pris quelques kilos de sueur. Mais personne ne veut rentrer.
BRAKROCK 2026 — Le bilan
Deux jours.
Des dizaines de groupes.
Du punk mélodique, du hardcore, du ska, du folk punk, de l’emo, du street punk, du post-hardcore et beaucoup trop de bière pour prétendre avoir compté précisément les pogos.
Mais surtout, une atmosphère unique.
Le Brakrock 2026 confirme une nouvelle fois sa recette : mélanger les générations, les styles et les publics sans jamais donner l’impression d’assister à un simple défilé de groupes.
Les légendes côtoient la relève.
Les vieux punks croisent les gamins qui viennent probablement de découvrir leur premier circle pit.
Les groupes jouent. Le public répond. Et parfois, quelque chose de complètement imprévisible arrive : un stage dive historique, un wall of death qui part trop loin, une rencontre avec un inconnu qui finit en amitié, ou simplement cette sensation collective d’être exactement là où il faut être.
Bien sûr, tout n’était pas parfait. Quelques groupes auraient mérité davantage de temps, certains auraient été plus à leur place dans une salle intimiste, et quelques prestations ont laissé une impression plus mitigée.
Mais c’est aussi ça, un festival.
On ne vient pas uniquement chercher la perfection.
On vient chercher des souvenirs.
Et de ce côté-là, le Brakrock 2026 a largement rempli son contrat.
On repart rincés, sourds, probablement légèrement déshydratés…
Et déjà avec une seule question en tête :
« C’est quand le prochain ? »














































