Derrière le nom de scène Red Banjo se cache ton projet solo. Comment est né ce personnage et cette identité musicale ?
À l’origine, ce nom était « He rents a Red Banjo », qui est l’anagramme complet de Jean Bernard Hoste. Red banjo, malgré l’absence de banjo dans ma musique, évoquait assez bien le coté folk-country pour mon premier album, Tiny songbook, paru en 2017
Ta musique est souvent décrite comme des chansons élégantes et mélancoliques, entre pop anglaise et americana. Quelles sont les influences qui ont façonné ton univers ?
Cette esthétique musicale m’a toujours touché, avec une prédilection pour les couleurs crépusculaires de Timber Timbre, les anglais de Tindersticks, le song writing de Jeff Tweedy en solo ou avec Wilco, ou plus près de nous, le belge Loverman.
Ton dernier album Everything Must Go propose des chansons lentes et intemporelles. Dans quel état d’esprit l’as-tu écrit ?
C’est une idée née à la sortie du confinement, everything must go signifie littéralement tout doit disparaitre. Ce slogan publicitaire est une des premières choses que j’ai vu en sortant en mai 2020, ça résonnait terriblement avec cette période ou c’est peut être nous qui étions en train de….. disparaitre. D’autres titres comme dead end story évoquent les chausse-trapes du discours amoureux, un thème que je développe depuis bien longtemps.
Tes morceaux donnent parfois l’impression d’être des“chansons de chambre”, très intimes. Est-ce important pour toi de préserver cette proximité avec l’auditeur ?
Finalement, j’ai presque horreur de l’épique et du grandiloquent, que ce soit en musique classique, en musique de film, en rock’n’roll ou au cinéma. C’est bon parfois d’en prendre plein la figure, mais mon rapport à la musique est lié à ce sentiment d’intimité, de confidence, la voix du cœur qui vous livre quelque chose de personnel, de fragile. Je tente de retrouver cet état d’esprit dans mes chansons.
Sur scène, on te découvre souvent avec guitare ou piano, dans une atmosphère presque cinématographique. Comment construis tu l’ambiance de tes concerts ?
Je joue parfois en solo, le plus souvent en trio. Nous ne tentons pas de reproduire à tout prix les arrangements du disque, mais plutôt de faire en sorte que chacun apporte sa touche. Nous chantons à 3 voix parfois, ce qui est un immense plaisir, lié aussi à cette musique américaine, de Bonnie Prince Billy à Neil Young, ou les harmonies vocales sont une marque de fabrique. Il y a des samples également, des bouts de sons abstraits, des beats crépitants et pointillistes, quelques cordes. Ça donne en effet ce coté cinématographique, qui évoque des images chez l’auditeur.
Tes concerts mêlent compositions originales et reprises d’artistes que tu admires. Qu’apporte l’interprétation de ces chansonsà ton propre univers musical ?
A nouveau, le confinement m’a permis de faire une douzaine de covers, que j’ai intitulé « le piano confit » j’y interprète des artistes et des chansons finalement assez peu repris. David Sylvian, Ron Sexsmith, Brian Eno ou Robert Wyatt. Je me sens maintenant à la bonne distance pour reprendre sans reproduire trop sagement, y apporter mon grain de sel, tout en respectant l’oeuvre. Travailler avec moins d’instruments mais plus de temps a été également salutaire. Less is more. Saisir la musique des autres a toujours été une forme d’apprentissage, et une façon d’aller sur des terrains qui ne me sont pas d’amblé familiers.
Tu viens de la scène musicale lilloise. En quoi cette ville a-t-elle influencé ton parcours artistique ?
Je n’ai pas grandi a Lille, j’y suis arrivé pour la fac, il y a donc un certain temps. J’aime cette ville et cette région, pour les gens et pour un certain état d’esprit. Et étrangement pour sa lumière. J’y ai surtout trouvé un vivier de musiciens de tous styles, sans trop de chapelles, et j’ai aujourd’hui pas mal d’attaches avec ce milieu artistique, notamment pour le spectacle vivant. Je compose beaucoup pour le théâtre depuis quelques années.
Dans tes textes, on sent souvent une certaine mélancolie mais aussi beaucoup de poésie. Comment naissent tes chansons : par les mots, la musique, ou les deux en même temps ?
Mes chansons en anglais naissent invariablement d’une suite d’accord, au piano ou à la guitare, puis une mélodie, le texte vient ensuite. Pour mes quelques titres en français, c’est étrangement l’inverse. Ecrire de la pop en français fera un jour l’objet d’une étude, c’est sur ! En ce moment, je redécouvre Murat, c’est un des rares à s’en sortir haut la main.
Que représente pour toi l’invitation au OIM Fest ? Est-ce un type de scène particulier par rapport à tes concerts habituels ?
Jeune musicien on rêve de gloire, de grandes salles, de tournées. À 50 ans passés, je suis complètement à mon aise avec des formes plus proches du public, et des milieux plus alternatifs, voir des initiatives quasi citoyennes. Les home-concerts et les petites formes reprennent du poil la bête depuis un moment, sans doute en réaction avec un trop plein de gigantisme, et avec l’envie d’être au plus prés des artistes. J’y souscris pleinement.
Pour finir, quels sont tes projets pour la suite : nouvelles chansons, collaborations, ou peut-être un prochain album ?
Une nouvelle chanson est prête, il me manque encore le visuel, et je réfléchis à une video pour accompagner sa sortie. Elle s’appelle Love is everywhere, tout un programme.
