INTERVIEW NELL WIDMER X ON FAIT QUOI CE SOIR, merci d’avoir pris le temps de répondre à nos questions.
1. Tu présentes Tellement Pire comme ton projet le plus intime, presque comme un journal secret. Qu’est-ce qui t’a donné la force de finalement le partager avec le public ?
Ce qui m’a donné la force de partager mon EP Tellement Pire, c’est le fait qu’il m’a aidée à régler énormément de choses dans ma vie depuis sa création, il y a un an. Je me suis dit que logiquement, je devais le partager publiquement pour aider les personnes qui pourraient se reconnaître à travers cet EP, et qui, peut-être, pourraient avoir des déclics comme moi j’en ai eu.
2. L’EP aborde sans filtre tes blessures relationnelles et tes contradictions. Comment as-tu trouvé l’équilibre entre vulnérabilité et mise à distance dans l’écriture ?
En réalité, je ne l’ai pas trouvé. Les mots que j’emploie et les histoires que je raconte sont réels et se sont passés au moment T de l’écriture de cet EP. C’est pour ça que cet EP est si spécial et authentique : je n’ai mis aucune distance entre ma vulnérabilité et l’écriture, jusqu’à en être essoufflée à cause des émotions qui ressortaient lors de l’enregistrement des titres.
3. Est-ce que ce processus d’autothérapie par la musique t’a permis de poser des mots que tu n’arrivais pas à dire autrement ?
Oui, totalement. Les premiers titres ont été très compliqués à écrire pour moi, car cela faisait longtemps que je n’avais pas écrit, et j’avais du mal à me faire confiance à nouveau. Mais à force d’écrire et de laisser sortir ce que je devais sans me mettre de barrières, j’ai réussi à exprimer tout ce que je ressentais à travers chaque titre de cet EP.
4. Dans Appel manqué, on ressent à la fois la douleur de l’absence et une forme d’apaisement. Est-ce que la création de ce titre t’a permis de transformer cette douleur en quelque chose de positif ?
Oui et non. Dans cette chanson, je parle d’une histoire assez tragique — la perte de quelqu’un —, et c’était encore très récent à ce moment-là. Cette musique m’a permis de sortir ce que je devais exprimer à ce moment-là, mais quand je l’interprète en live, elle reste très difficile à chanter. Je peux être émue, submergée par la tristesse, parfois jusqu’à ne plus pouvoir chanter. Mais plus je la chante, plus elle devient « facile » émotionnellement.
5. Tu as déjà publié plusieurs projets et une dizaine de singles. Qu’est-ce qui distingue Tellement Pire de tes précédents opus ?
Ce qui distingue Tellement Pire de mes précédents projets, c’est cette vulnérabilité que je n’avais jamais montrée auparavant. Cela ne veut pas dire que mes anciens titres ne l’étaient pas, mais cette fois je me montre vraiment à l’instant T, en utilisant des mots qui me touchent directement, sans détour.
Il y a aussi le fait que j’ai co-composé tous les titres avec Florent, mon compositeur et réalisateur musical, qui a su comprendre où je voulais aller et comment rendre le projet — et ma voix — les plus vulnérables et authentiques possibles.
6. Tu décris ta musique comme une quête libératrice, un moyen de faire tomber les masques. Est-ce que monter sur scène, c’est aussi une manière de te montrer sans armure ?
Oui, monter sur scène est une manière de me montrer sans armure, de montrer aux gens qu’être vulnérable, ce n’est pas “faire pitié” ou être faible, mais au contraire que la beauté se trouve dans la vulnérabilité. Être touché par les mots et la musique, ça fait du bien.
7. Entre Lille, Bordeaux et aujourd’hui Paris, ton parcours t’a menée à plusieurs scènes musicales différentes. Est-ce que ces villes ont influencé ton écriture ou ta façon de voir ton métier ?
Oui, totalement. J’ai commencé à Lille sans aucune expérience dans l’écriture ni dans la musique — à part reprendre des chansons à la guitare. À ce moment-là, je ne voyais pas ça comme un métier, juste comme une chance de chanter et de partager.
J’ai enregistré mon premier EP seule dans mon petit appartement miteux du 94, en travaillant à distance avec mon ancien producteur. Je n’étais pas sûre de là où j’allais, je m’amusais simplement. Puis, quand j’ai déménagé à Bordeaux pour me rapprocher de lui, tout s’est accéléré : c’est là que j’ai commencé à voir cette passion comme un véritable métier.
En bougeant, en grandissant, mon écriture a évolué — jusqu’à aujourd’hui, à Paris, où tout a encore changé dans ma vie.
8. Si Tellement Pire était un film, quel en serait le réalisateur ou l’univers visuel ?
Si Tellement Pire était un film, je pense que le réalisateur serait Nicolas Winding Refn, pour son univers sombre, dramatique, et parfois brutal, mêlant tension et émotion.
9. Tes chansons oscillent entre fragilité et puissance. Si ta musique était un parfum, quelles notes y retrouverait-on : plutôt boisées et sombres, ou pétillantes et lumineuses ?
Plutôt boisées et sombres, comme le parfum Eilish No. 2.
