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  Interviews  Chien Noir [INSTANT ITW]
Interviews

Chien Noir [INSTANT ITW]

Sebastien CironSebastien Ciron—10 janvier 2025
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Son album « Apollo » est sorti en 2023, sa tournée s’achève en mars prochain.

Il y a quelques jours, nous avons posé quelques questions à l’artiste Chien Noir, découvrez les ci-dessous.

Peux-tu nous parler de ton enfance près de Bordeaux ? Quels souvenirs influencent aujourd’hui ta musique ?

Il y avait un vieux piano à la maison, celui de ma grand mère. J’ai appris dessus la musique avec ma mère. Elle chantait aussi, on chantait ensemble. Je pense souvent à elle quand j’écris. La musique pour moi c’est le lien à cette terre et aux gens qui l’habitaient.

Tu as étudié l’électroacoustique au conservatoire. Comment cette formation a-t-elle enrichi ton approche artistique en tant que Chien Noir ?

L’électroacoustique est une discipline très pointue. Un peu trop pour moi. Ça m’a permis de me rendre compte que je voulais faire des chansons, c’était ça ma vision de la musique, pas la musique concrète. J’y ai cependant découvert des gens comme Luc Ferrari et Luciano Berio, qui faisaient une musique très humaine, presque anthropologique, et je me suis rendu compte que c’était quelque chose qui me touchait. Je les ai gardés avec moi.

Le nom “Chien Noir” fait référence au pirate dans L’Île au trésor. Qu’est ce qui t’a attiré vers ce personnage, et en quoi reflète-t-il ton univers musical ?

Chien noir est surtout un prétexte pour faire du sens. Quand j’ai commencé ce projet, j’ai vu ce nom partout. Chez Churchill, chez Stevenson, chez Nick Drake, Led Zeppelin, et j’en passe. J’ai pris ça comme un signe pour prendre ce nom. Les signes, on les voit quand on veut les voir. Ça m’a beaucoup aidé.

Tu es passé d’un groupe, A Call At Nausicaa, à un projet solo. Qu’est-ce qui t’a motivé à faire cette transition ?

Je pense que c’était une sorte d’intuition, celle qui me disait que c’était à moi de prendre mes responsabilités. Et évidemment le besoin d’être compris. Je chantais en anglais, mais quand tu chantes en France, si tu veux être compris, il faut chanter en français. Et ca tombe bien, c’est ma langue maternelle. Le français est intimidant parfois, mais il est riche et j’adore ces sonorités.

Comment décrirais-tu l’évolution de ton style musical depuis tes débuts en solo jusqu’à la sortie de ton album Apollo ?

J’ai toujours fait des chansons, simplement. Ça n’a pas changé. Il y a un éclectisme qui m’est cher. En fait j’ai toujours fait ce que je voulais ! C’est parfois alambiqué, parfois simple, mais au final ce ne sont rien d’autres que des chansons.

Travailler avec Mark Daumail et HollySiz a dû être marquant. Qu’as-tu appris de ces collaborations, et en quoi ont-elles influencé ton parcours ?

J’ai appris à être exigeant sur qu’est ce qu’une chanson, à me poser la question des toplines plutôt que de faire tout à l’instinct, je veux dire revenir plusieurs fois, affiner, préserver, se faire confiance, bref prendre confiance qu’écrire des chansons c’est un travail.

Ton premier album, Apollo, est sorti en octobre 2023. Pourquoi ce titre, et quel message souhaites-tu transmettre à travers cet opus ?

C’est un hommage à ma mère, avec qui je regardais les étoiles. Elle est tombé malade
pendant l’écriture de l’album. Un dispositif expérimental, qui s’appelait Apollo, aurait pu la soigner mais elle était trop fragile. En fait, Apollo ce n’est pas un message à transmettre plutôt une façon d’avoir ma maman avec moi pendant ce moment de ma carrière.

Les thèmes de l’enfance, de la quête de soi et des émotions humaines traversent ton travail. Y a-t-il une chanson dans Apollo qui te tient particulièrement à cœur ?

Je veux je veux je veux résume assez bien tout ça ! Le moment où on la joue en live est toujours assez explosif aussi.

Comment s’est passée la phase d’écriture et de production de cet album ? Avais-tu une routine particulière ou des rituels créatifs ? Une anecdote avec Lionnel Buzac, que des membres du collectif connaissent depuis SOMA (2010) ?

Il y a deux types de songwriters, les obstinés qui écrivent 60 chansons en un an pour en garder 12 et les obstinés qui écrivent 12 chansons en un an pour en garder 12 et pas une de plus. Moi j’ai écrit 12 chansons et c’est tout. Des amis m’ont aidé, PR2B, Siau, à mener certaines chansons au bout. On a une très jolie relation de travail avec Lionnel, très respectueuse. On aime la musique, on aime en faire, tordre les sons.  J’ai bcp appris avec lui, notamment à faire des mauresques.

En 2021, “Histoire vraie” a gagné en notoriété grâce à une publicité. Comment vis-tu le fait que certaines de tes chansons atteignent un public aussi large via des médias comme la publicité ?

La pub pour laquelle a été choisie histoire vraie était une jolie pub, et c’était un coup de pouce incroyable pour le projet. C’était le single de mon premier ep et ça l’a beaucoup mis en valeur. Ça m’a permis de trouver des partenaires pour avancer et de faire en sorte que le projet soit ce qu’il est aujourd’hui. Ça m’a permis de gagner un peu ma vie aussi et c’est magnifique de pouvoir gagner sa vie en écrivant des chansons. Je n’oublierai jamais les 15 jours d’inquiétude avant la validation du choix de cette chanson. Il est difficile d’avoir accès à une aussi grande diffusion pour un auteur et j’ai eu cette chance, c’était un cadeau de la vie.

Comment décrirais-tu ton lien avec ton public en live ? Que ressens-tu en montant sur scène, notamment pour un concert comme celui à Marcq-en-Baroeul ?

Pour moi la musique est un lien à l’humain avant tout, que ce soit avec les gens avec qui je travaille, que ce soit les musiciens qui m’accompagnent (qui sont formidables) les partenaires qui organisent les tournées ou avec le public. L’approche est la même, j’ai des convictions pour ma vie et je m’y tiens. C’est une chance de pouvoir se sentir lié à des gens, peut être leur apporter un petit plus et je la saisis à pleine main sur scène. Je compte bien faire comme ça ce jour là.

Quelles sont tes principales influences musicales ou littéraires ? Y a-t-il des artistes ou des œuvres qui continuent à t’inspirer au quotidien ?

J’ai énormément d’influences différentes, très éclectiques. Bon iver, sufjan
Stevens, Caribou, Jean Jacques Goldman, Maxime le Forestier, Léonard Cohen… la liste est trop longue. Niveau littérature, John Fante est quelqu’un d’immense pour moi, et des poètes, Jacques Prevert, René Char, Alejandra Piszarnik.

La poésie semble avoir une place importante dans tes textes. Écris-tu en musique ou préfères-tu poser d’abord les mots sur le papier ?

Avant je faisais tout ensemble. Aujourd’hui j’ai l’impression que ce qui fera la chanson sera avant tout le message que j’y mettrai et donc j’écris d’abord les textes.

As-tu une anecdote ou une histoire marquante liée à une chanson ou à un moment de ta carrière ?

Chaque chanson est une anecdote. Je vois toujours quelqu’un dans chacune. Parfois, je me vois moi. Parfois un ami, parfois ma compagne. J’en ai écrit une qui s’appelle Ma peau, parce que j’ai entendu un ami rire. Je n’avais jamais entendu quelqu’un rire comme ça et quelques semaines après, j’ai ri exactement comme lui. Je me suis demandé ce que je gardais des autres en moi.

Quels sont tes projets après cette tournée ? As-tu déjà des idées pour ton prochain album ou des envies de collaboration ?

J’ai écrit un livre cet automne, entre poésie et autobiographie, non pas que ma vie est intéressante mais j’ai eu le besoin de l’écrire pour la comprendre. Il ne sortira peut-être jamais mais je l’ai écrit pour moi et ça m’a fait du bien. L’écriture d’un nouvel album a suivi ça et je suis en plein dedans !

Si tu pouvais envoyer un message au Jean Grillet qui débutait dans la musique, que lui dirais-tu ?

Je me suis pas mal posé cette question. Peut être quelque chose comme ‘la route que tu as à faire, rien ne pourra la changer, la raccourcir ou la faciliter, il faudra juste la faire’.

Pour « On Fait Quoi Ce Soir », peux-tu partager un souvenir marquant ou une anecdote de ta carrière, qu’elle soit drôle, émouvante ou inattendue ?

J’en ai deux, qui n’ont rien à voir mais se suivent d’une semaine dans le temps. Le jour de ma Cigale en février, j’ai reçu un mot, dans ma boîte au lettre, c’était Jean Jacques Goldman qui me souhaitait le meilleur. La larmichette. Une semaine avant on était en tournée en Roumanie. Un soir on a joué à Iash, à la frontière moldave. On a fait la fête et c’était le cœur de l’hiver. La ville entière était verglacée, on est rentré mi sur les fesses mi courbés pour garder l’équilibre, on a beaucoup ri.

Un petit mot pour les lecteurs de notre webzine ?

C’était bien les vacances de fin d’année mais hâte d’être à Marq en Baroeul. On n’a plus que 4-5 mois avant la fin de la tournée alors on va tout donner.

Merci Jean, merci d’avoir pris de ton temps pour répondre à nos questions.

Interview
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Sebastien Ciron

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