CORDE, Saint-Amour, la beauté fragile au cœur du tumulte
Il existe des groupes qui écrivent des chansons. Et puis il y a ceux qui construisent des mondes. Depuis Lille, CORDE appartient à cette seconde catégorie : un trio qui compose moins des morceaux que des paysages, moins des refrains que des traversées émotionnelles.
Deux mois après la sortie de son troisième album A (24 avril 2026), le groupe poursuit son déploiement artistique avec « Saint-Amour », nouveau clip attendu le 19 juin. Une nouvelle étape dans une œuvre qui refuse les évidences et préfère les questions ouvertes aux réponses immédiates.
Après les secousses de « Cascade de partons » et les tensions collectives d’« Extase des nations humaines », CORDE tourne cette fois son regard vers quelque chose de plus intime. Une interrogation simple en apparence, vertigineuse dans le fond : dans le vacarme du monde, reste-t-il encore une place pour une forme de Saint-Amour ?
Cette question devient ici matière sonore.
Composé de Maxime Szczepanek au violon, Nîm aux synthétiseurs et textures électroniques, et Steve Peuvrel à la batterie, le trio développe depuis plusieurs années un langage instrumental singulier où chaque vibration raconte sans prononcer un mot. Chez CORDE, l’absence de chant n’est jamais un manque : elle ouvre au contraire un espace où chacun projette ses propres images.
Le violon y brûle comme une voix intérieure. Les nappes électroniques dessinent des horizons mouvants. La batterie impose une pulsation organique, presque cinématographique. Entre post-rock atmosphérique, électro organique, folk contemporaine et éclats nu-jazz, le groupe avance sur une ligne de crête rare dans le paysage français.
Pensé comme une véritable peinture sonore, A trouve avec Saint-Amour l’un de ses prolongements les plus sensibles. Le morceau avance par contrastes, cherche l’équilibre entre tension et abandon, entre beauté fragile et grondement contemporain.
Le clip, conçu comme un court-métrage, pousse encore plus loin cette ambition narrative. Fidèle à l’identité du groupe, il brouille les frontières entre concert, cinéma et installation visuelle. Car chez CORDE, la musique ne s’écoute pas seulement : elle se regarde, elle s’habite.
Sur scène, cette vision prend toute son ampleur. Enrichis de projections de courts-métrages, les concerts deviennent des expériences immersives où l’imaginaire d’un écrivain se déploie en direct, donnant corps à des personnages et à des récits qui naissent au fil des textures et des pulsations.
À rebours des formats immédiats, CORDE choisit le temps long, l’émotion diffuse et l’intensité silencieuse. Avec Saint-Amour, le trio lillois confirme qu’il est aujourd’hui l’une des propositions les plus singulières de la scène instrumentale française.
Une musique qui ne cherche pas à remplir le silence mais à lui donner une forme.
