Didouda Arras Festival 2024, ce sera une édition resserrée du 21 au 23 juin. Christian Olivier (chanteur des Têtes Raides) était au Théâtre à l’Italienne le samedi 22 à 20h30.
Samedi 22 juin, c’est au théâtre d’Arras, haut lieu culturel de la région que se joue le concert poétique « Le ça et le ça » emmené par Christian Olivier que l’on connaît bien maintenant comme amoureux et diffuseur de poésie sous toutes ses formes, la sienne d’abord, puis celle d’auteurs qu’il aime à faire connaître.
Dans la chanson « Le ça et le ça » qui n’est autre que la traduction d’un texte de Daniil Harms, mais aussi le titre choisi pour l’album sorti en mars 2023, on retrouve à travers un jeu sur les mots, leur répétition, une dimension proche de l’absurde qui pourrait illustrer une vision inspirée par le chaos du monde. Le chaos du monde c’est en l’occurrence la Révolution d’octobre vécue par des poètes russes que Christian Olivier a voulu mettre à l’honneur, proposant ainsi d’explorer une époque sous le prisme de la langue et de l’esthétique poétique. Symbolistes, acméistes, ou futuristes, les poètes de cette révolution d’octobre, n’ont eu de cesse d’explorer la langue pour dire leur temps, tous disant à leur façon l’horreur d’une répression meurtrière. Ainsi se superposent Histoire et poésie dans le sublime « Concert à la gare », de Mandelstam, avec sa référence au wagon plombé et l’univers sonore et musical qui sillonne le texte.

Façon de mélanger beauté et description terrestre. Puis vient le motif de « la hache » par deux fois citée dans des textes de l’album, l’un de Anna Akhmatova, qui dit la difficulté ou même la terreur d’écrire sous Staline ; cette hache réapparaît, autre vision, plus révolutionnaire, chez Khlebnikov, grand théoricien de la poésie, mais aussi expérimentateur du langage, ce qui apparaît nettement, dans l’interprétation martelée du texte, où la voix de l’accordéoniste fait écho à celle de Christian Olivier, dans un magnifique duo. Mais plus que tout sur la scène du théâtre d’Arras, c’est l’Art qui domine et qui jaillit de ces textes magistralement interprétés.
Ce sont mots, voix, cordes, claviers, percussions, à l’unisson, d’un groupe d’artistes réunis par l’amour et la force de cet art. Par la volonté de le faire exister. Dans « Ordre numéro un à l’armée de l’art », les vers entonnés : « Alors, dans la rue, à l’ouvrage ! Les futuristes, les poètes, les tambours ! », le message est clair. Le poète a un pouvoir. Comme ce soir où l’on est embarqués par cette complicité musicale mise au service des textes et de l’histoire.
Le public se lève d’ailleurs pour ne plus se rasseoir et marquer son enthousiasme débordant. Les mots et la musique ont ce pouvoir. C’est un message fort, et d’une réelle utilité dans le contexte politique actuel où notre monde semble proche de vaciller, où les libertés sont menacées. C’est un message qui doit certes inquiéter car le monde culturel est en danger, mais l’Art on le voit bien ce soir, est aussi un levier pour lutter, témoigner, un moyen de s’opposer. Ces poètes russes nous le montrent, leurs mots sont restés.
