Votre album, Listen To The Whale, a une aura “pré-apocalyptique”. Qu’est-ce qui vous inspire dans ce contraste entre beauté et fragilité du monde ?
Cet album est un hommage à la magie de cette insouciance dont les humains (nous trois compris) sommes capables au quotidien, malgré la perspective d’un effondrement imminent.
Ce constat nous inspire et nous questionne sur notre espèce, notre libre arbitre, l’importance de nos petites vies dans l’univers.
Vous utilisez des instruments insolites et des arrangements très particuliers : comment naît un morceau de Kriill ?
Nos morceaux naissent dans l’intimité, souvent dans des lieux isolés qu’on arrive à se faire prêter. Chacun de nous a des amorces de texte ou de mélodie qui traînent dans un carnet ou un dictaphone depuis plusieurs mois, et on les fait éclore chacun de notre côté puis on les présente aux autres qui s’en emparent à leur tour.
Prenons l’exemple de « Escape this life » : Richard démarre une chanson en 2018, à laquelle il manque un refrain, Klaar écrit ce refrain manquant dans une maison troglodyte pendant le confinement en 2020, puis la chanson se transforme en piano-voix et se reconstruit autour du nouveau refrain, et Eliott finit par produire la partie instrumentale pendant une autre résidence dans une grange délabrée en 2022.
Le chant des baleines est une métaphore forte dans votre disque. Comment ce symbole s’est imposé à vous ?
Prendre le temps d’écouter le chant des baleines c’est se poser, se rendre compte qu’on est pas grand chose dans l’immensité de l’océan, comme des petits krills dans un essaim de milliards d’individus, fondus dans une masse.
C’est aussi écouter le vivant, qui nous raconte beaucoup de choses quand on veut bien tendre l’oreille.
Vous jouerez deux fois à Lille, dont une en première partie de Jean-Louis Aubert.
Qu’attendez-vous de cette rencontre avec le public nordiste ?
On nous dit tout le temps que c’est le meilleur public (sorry les sudistes), alors on a ultra hâte de notre première date en tête d’affiche à Lille le 30 Septembre (à La Bulle café) ! Prenez vite vos places !
Pour la première partie de Jean-Louis Aubert le 30 octobre ce sera au Zénith de Lille donc le contraste va être drôle après avoir joué dans une salle de 100 places.
Comment se prépare-t-on à une tournée aussi ambitieuse que le Pafini tour ?
Le défi pour nous est de faire découvrir notre univers à des milliers de personnes, en 25 minutes chrono.
C’est un exercice hyper difficile parce que le public n’est pas acquis et attend le concert de Jean-Louis, mais on y met tout notre coeur et notre énergie pour les toucher avec nos chansons.
En général ils sont hyper à l’écoute et nous accueillent avec beaucoup de douceur.
Eliott a travaillé sur le dernier album de Jean-Louis Aubert : en quoi cette collaboration nourrit-elle aussi l’aventure Kriill ?
Jean-Louis a découvert Kriill tout en travaillant sur son album avec Eliott et a adoré notre univers. On a en commun une fascination pour l’univers et ses contrastes.
Jean-Louis s’est montré incroyablement généreux en nous proposant de faire ses premières parties sur toute sa tournée, et a pris Eliott aux claviers pour ses concerts. Il nous fait découvrir à son public et c’est une chance énorme pour nous.
Si Kriill était un animal autre que la baleine, lequel serait-il ?
Eh bien on serait des krills !
Les krills sont de tout petits crustacés qui vivent dans l’océan.
La nature est pleine de contrastes : les baleines se nourrissent de krill. Une baleine bleue, plus grand être vivant que la terre ait jamais porté, peut en manger jusqu’à 6 tonnes par jour !
Vous devez choisir : jouer un concert dans l’espace ou au fond de l’océan ? Pourquoi ?
Au fond de l’océan, direct ! On laisse l’espace aux mégalos qui se croient plus puissants que le vivant.
