Originaire de Strasbourg, il vit au Havre.
Son approche mêle chanson, spoken-word/rap, bossa, poésie, rap : il n’hésite pas à brouiller les frontières ce qui rend son style difficile à catégoriser, mais infiniment vivant.
Son écriture est centrée sur l’intime, le quotidien, les émotions contradictoires douleur, espoir, désillusion, reconstruction.
Après un premier projet discret, Arthur Ely revient en 2025 avec un album qui apparaît comme un tournant : plus assumé, plus direct, plus “vivant”.
Une langue qui saigne, un disque à vif
Le titre “Saignant” n’est pas qu’un mot fort : c’est un manifeste. Arthur Ely parle d’une « langue vivante » une langue qui “saigne”, c’est-à-dire qui ne cherche pas la perfection, la politesse ou le confort, mais le vrai, l’instinctif, l’imparfait, l’humain.
L’album donne voix à cette ambition : les textes sont crus, parfois rugueux, souvent tendres, et toujours profondément personnels. On sent l’artiste prêt à poser ses blessures, ses peurs, ses doutes, mais aussi ses rêves, ses désirs, ses fragilités sans filtre.
Un savant mélange d’émotions colère, douceur, ironie
Musicalement, “Saignant” est un disque protéiforme. On y entend des guitares acoustiques, des rythmes parfois bossa ou hip-hop, un mélange de chant et de spoken-word, des ambiances mélancoliques ou rageuses.
Ce contraste douceur et rage contenue, nostalgie et colère, poésie et ironie structure l’album. Il reflète le propos d’Arthur Ely : la vie, ce n’est jamais tout blanc ou tout noir. C’est ce qu’il aime dire : “la chanson, c’est beau même quand c’est saignant.”
Des morceaux comme Miel Pops ou Le monde est grand jouent sur ce fragile équilibre parfois la naïveté, parfois l’amertume, souvent les deux.
Résilience, reconstruction, regard sur le quotidien
Au fond, “Saignant” est un album qui parle de cicatrisation : tomber, encaisser, puis tenter de se relever.
L’artiste transforme le chaos, la confusion, la douleur ce moment où l’on perd pied en matière artistique. Il puise dans ses peines, ses doutes, ses errances, pour en faire des chansons à vif, honnêtes, souvent douloureuses, mais jamais sans lumière.
Dans ce sens, “Saignant” s’impose comme un album témoignage pas de revendication grandiloquente, mais des récits d’humanité, de survie, de sensibilités brutes.
Ce que l’on retient
Une écriture qui n’a pas peur de l’imperfection au contraire, elle l’embrasse.
Une musique qui refuse le carcan d’un genre, oscillant entre chanson, rap, bossa ce parti pris donne au disque une liberté rare.
Un mélange d’émotions opposées colère, tristesse, humour, espoir reflétant la complexité de l’existence.
Une sincérité rare. On sent que l’artiste ne se cache pas derrière l’artifice : il se livre.
Mon regard pourquoi “Saignant” mérite qu’on l’écoute
“Saignant” n’est pas un album facile. Ce n’est pas un disque de confort, ni un divertissement. C’est un album qui blesse parfois mais qui soigne en même temps. Il nous met face à nous-mêmes, à nos contradictions, à nos blessures, mais aussi à notre résistance, notre capacité à renaître.
Pour un webzine comme le vôtre amoureux de la culture, des mots, de la sincérité “Saignant” est un véritable petit joyau. Il parle à celles et ceux qui aiment les chansons qui ne fuient pas l’ombre, qui osent révéler ce qui reste souvent tus : la fragilité, le chaos, la douleur, mais aussi la tendresse, l’humour, la poésie du quotidien.
Je pense que l’album a le potentiel pour toucher un public sensible, en quête d’authenticité et qu’il est une belle carte de visite pour un artiste qui semble prêt à creuser davantage son sillon.
miel pops
Un des titres les plus « accessibles » du disque : tempo vif, portée sur la mélodie, ce qui le rend immédiatement séduisant.
Les paroles évoquent la solitude, les tentatives de dialogue, les blessures d’un amour qui s’éteint « j’voulais qu’on s’explique, j’voulais qu’on marche / Le soleil est tombé / Maintenant elle s’en fout… »
À ce titre, « miel pops » incarne la douceur amère, le mélange de nostalgie et de résignation : un bon pont entre la tendresse et la douleur, typique de l’ambiance « saignante » de l’album.
le monde est grand
Moins rond et plus minimaliste que « miel pops », ce morceau offre un contraste intéressant dans l’album, avec un tempo légèrement plus calme et une esthétique plus dépouillée.
L’introspection y semble plus marquée : le titre « le monde est grand » suggère l’écart entre des aspirations, des rêves ou des souvenirs, et la réalité parfois crue du quotidien.
Dans le contexte de l’album, ce titre fonctionne comme un regard posé une respiration entre les élans plus brutaux ou plus mélancoliques, et participe à la narration globale de résilience et de quête de sens.
LES AMIX
Sans doute le morceau le plus « radical » du trio, dans sa forme et dans son propos. On y retrouve la langue crue et sans filtre de l’artiste, un ton parfois brut, proche du spoken word ou du slam.
Les paroles frappent amitiés cabossées, âmes perdues, existences fragiles :
« en fait c’est beau même quand c’est saignant »
« mes amix naufragent… mes amix sont paumés… mais sont quand même mes amix »
Ce titre incarne le cœur du projet : l’acceptation des blessures, l’amour impure et sincère des liens abîmés, la solidarité et la douleur mélangées. En ce sens, « LES AMIX » cristallise l’esthétique et l’éthique de « Saignant ».
