Merci d’avoir répondu à ces quelques questions.
Pour nos lecteurs, pouvez-vous vous présenter ? Qui se cachent derrière Umuru, cet intriguant projet rock électropsychédélique venu du Nord ?
Électropsychédélique post-dimensionnel pour être encore plus précis !
On est un duo Lillois passionné de recherche sonore instrumentale. On officie chacun dans d’autres formations locales, de l’ambient au black métal.
Votre univers mêle violoncelle halluciné, batterie augmentée et vocalises d’outre-monde, comment cette combinaison improbable est-elle née ?
Tout le défi dans Umuru est de combiner nos recherches sonores avec la musique que l’on aime. Tout part d’abord du violoncelle, que Raphaël s’est amusé à triturer dans tous les sens. Le but était avant tout de transposer la timbralité de ce dernier dans des univers différents que ceux qui lui sont habituellement associés. Naturellement le violoncelle propose un son chaud et mélancolique, parfois proche de la voix, ce qui colle assez bien avec des ambiances planantes. Mais l’ajout de la batterie et de la voix nous a aussi poussé à le transposer dans des palettes sonores qui lui sont totalement opposées comme le métal ou de l’électro plutôt froide. On essaye donc de trouver un équilibre qui, on espère, ajoute énormément de contraste visuel et sonore dans notre musique.
D’où venez-vous exactement et en quoi votre ancrage dans les Hauts-de-France influence-t-il votre identité sonore et artistique ?
Nous sommes tous les deux originaires du Nord et nous avons tous les deux participé à plusieurs projets artistiques qui sont parfois même encore en cours. Cela fait longtemps que nous parcourons la scène locale et que nous profitons de son incroyable richesse. Nous sommes très attachés à des lieux et des collectifs qui stimulent une émulation tel que la malterie, le CCL, Machine Sauvage, Cerbère Coryphée, Quelle Timeline!… et j’en passe. Ils nous ont permis de faire des rencontres, d’échanger autour de problématiques techniques et esthétiques, de nous nourrir artistiquement et finalement de faire corps dans une proposition culturelle locale qui nous est chère.
Quelles sont vos influences majeures ? Aussi bien musicales que visuelles ou littéraires car on sent chez vous un univers très cinématographique.
Il y a en effet quelque chose de cinématographique. Nous sommes tous les deux cinéphiles et nous aimons les images fortes. Aussi sans surprise, nous avons exploré des styles musicaux exprimant des émotions fortes comme l’indus, le métal, le post-rock, l’idm, l’ambiant,…
On pourrait citer Radiohead, Nine Inch Nails, Sólstafir, Björk pour ce qui est de la musique. En cinéma et littérature, on s’intéresse à l’intersection entre le goth et le psychédélisme. Outre les œuvres Lovecraftiennes et dérivées, on peut parler du film “Mandy” (2018) dont l’esthétique visuelle et sonore nous représente bien dans son rêve apocalyptique.
Comment travaillez-vous la fusion entre rock, électronique et textures psychédéliques sans perdre votre fil conducteur ?
Comme dit plus haut, nous essayons de trouver un équilibre qui cultive les contrastes. Nous cherchons avant tout à exprimer une émotion ou à raconter une histoire sans se dire en avance ce que nous allons utiliser comme style de musique. Nous avons évidemment une palette de sons et d’outils à disposition que nous utilisons de la manière qui nous semble la plus adaptée à la situation.
Le violoncelle est souvent associé au classique ou à la mélancolie. Chez vous, il devient un instrument de transe. Comment en êtes-vous arrivés à le “dérégler” pour servir votre son ?
La première sonorité qu’on a composé pour le violoncelle est la pompe distordue qu’on peut entendre dans le morceau “Nu’Urt”. C’est assez représentatif de ce que l’on cherche : repenser la dynamique de l’instrument et le doper à la fuzz pour l’emmener jouer sur des territoires rock. Il y a également un gros travail de mise en espace , via l’utilisation de réverbes modulées et de moult délais, comme pour projeter l’instrument dans le temps. Ca pose des problèmes sonores assez techniques au niveau de la gestion du larsen, et des questions d’ergonomie pour un instrument qui n’a clairement pas été créé pour le confort de celle qui en joue.
Vos morceaux semblent inviter à une expérience plus qu’à une simple écoute. Quelle place tient la dimension sensorielle et live dans votre démarche ?
Nous vivons le live comme une expérience intense où nous essayons de transmettre au public un maximum d’intentions. Dans ce sens, nous avons tenté de donner au live une dimension visuelle forte en expérimentant avec du VJing, mais nous ne sommes pas encore en capacité de proposer ce concept dans les salles nous programmant. Nous espérons pouvoir proposer une nouvelle forme visuelle du live par la suite mais notre priorité restera l’intensité que nous pouvons donner avec nos instruments.
Vous jouez au festival Tour de Chauffe : que représente cet événement pour vous ?
C’est l’aboutissement d’un an de travail, de remises en question artistiques et d’acharnement sonore. Ce qui donne un nouveau set qu’on a très hâte de vous faire découvrir !
Pouvez-vous nous parler de votre actualité musicale : sorties récentes, projets en cours ou collaborations à venir ?
Un trois-titres est sorti sur toutes plateformes à l’exclusion de Spotify, pour les raisons qu’on connaît. On prépare la sortie d’un EP en physique pour début 2026, avec notre premier morceau de 20 minutes, ce qui sera probablement notre nouveau format standard 🙂
Quelle direction voulez-vous donner à Umuru dans les mois à venir : plus de performances scéniques, d’expérimentations sonores, ou de créations en studio ?
Nous aimerions jouer un maximum et également enregistrer de nouveaux morceaux. Nous avons plusieurs compositions à terminer et nous souhaitons aller beaucoup plus loin dans notre démarche artistique en espérant créer plus de surprises pour le public.
Si Umuru était une créature sortie d’un rêve psychédélique, à quoi ressemblerait-elle, et sur quelle planète jouerait-elle son prochain concert ?
Probablement un falafel cosmique bourré de piments ?
On laisse les gens décider ce qu’ils voient dans Umuru, s’ils souhaitent y voir une chimère démoniaque sortie des tréfonds martiens et poursuivies par le Doomguy ou un petit animal tout mignon, libre à eux : ça sera dans tous les cas une victoire pour nous.
