Un film de Ben Flinois – 52 min – VOSTFR
Production : B Pictures
Avec le soutien du Fresnoy – Studio national des arts contemporains.
« Les meilleures choses de la vie ne tombent pas du ciel. »
NANDI est un voyage en forme de quête, et une quête en forme de voyage.
Dans le sud de l’Inde, entre le tumulte des villes, le magnétisme des temples et l’immensité des plages, le film nous invite à suivre une aventure musicale et humaine, née de la rencontre entre un maître, Suresh, et son disciple, Pascal.
Le premier veille chaque jour sur un héritage musical ancestral, tandis que le second se tient à l’aube d’un nouveau départ, personnel et artistique. Leurs trajectoires s’entrelacent dans un récit où la musique devient langage, lien et transformation. Peu à peu, NANDI nous entraîne dans un espace flottant entre rêve, souvenir et réalité, là où la tradition cesse d’être un poids pour devenir un refuge.

Mais Nandi n’est pas seulement le nom d’un groupe de musique qui éclot sous nos yeux. C’est aussi celui d’une divinité hindoue, seigneur du rythme, incarnée par la figure du taureau. Présence symbolique et fil conducteur du film, Nandi guide et rassemble les personnages, invitant le spectateur à tendre l’oreille et à décrypter son message : celui d’une musique vivante, fragile, qui n’existe pleinement que lorsqu’elle est jouée.
Plus qu’un documentaire musical, NANDI est une expérience sensorielle et contemplative. Ben Flinois ne cherche pas à expliquer ou à démontrer ; il observe, accompagne et laisse advenir. La caméra se met au rythme des corps, des silences, des gestes répétés, des regards échangés. Le film avance comme la musique qu’il filme : par cycles, par respirations, par variations subtiles.
La relation maître–disciple constitue le cœur battant du récit, mais elle n’est jamais figée dans un rapport hiérarchique rigide. Elle devient un espace de circulation : circulation du savoir, des doutes, des émotions. Autour d’eux, d’autres musiciens se joignent à l’aventure, apportant leurs propres histoires, leurs héritages et leurs contradictions. Ensemble, ils tentent de créer sans trahir, d’innover sans rompre le lien avec la tradition.
Le film épouse cette tension permanente : entre fidélité et émancipation, entre ancrage et mouvement. La traversée vers l’inconnu est parfois chaotique, souvent exigeante, toujours habitée par cette question centrale : comment transmettre sans figer, comment créer sans effacer ce qui précède ?
NANDI se distingue par une grande sincérité artistique. Le film assume pleinement sa forme libre, parfois déroutante, refusant les codes classiques du documentaire explicatif. Cette exigence peut demander au spectateur une certaine disponibilité : ici, le sens ne s’impose pas, il se ressent.
La force du film réside dans sa capacité à faire dialoguer plusieurs quêtes simultanées : celle de Pascal, en pleine transformation intérieure ; celle de Suresh, gardien d’une tradition vivante ; celle des musiciens, en recherche d’un langage commun ; et enfin celle du réalisateur lui-même. La note d’intention éclaire d’ailleurs puissamment le film : NANDI est aussi le récit d’un long processus de création, étalé sur plusieurs années, fait de doutes, de réécritures, de montages et de réajustements constants.
Cette mise en abyme de la création filmer des artistes qui cherchent, tout en cherchant soi-même la forme juste confère au film une profondeur rare. La musique y apparaît non comme un produit fini, mais comme un miracle fragile, éphémère, qui n’existe que dans l’instant de son incarnation.
On pourra reprocher à NANDI son rythme lent ou son abstraction assumée. Mais ce serait oublier que le film parle précisément du temps long de l’apprentissage, de la patience nécessaire à toute transmission authentique. À ce titre, le film est cohérent jusque dans ses silences.
NANDI est une œuvre sensible, habitée et profondément humaine.
Un film qui parle de musique, certes, mais surtout de transmission, d’introspection et de transformation intérieure. Il s’adresse à celles et ceux qui acceptent de se laisser traverser, d’écouter autrement, et de cheminer sans certitudes.
