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  Interviews  MOMA, elle, l’interview
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MOMA, elle, l’interview

Sebastien CironSebastien Ciron—23 janvier 2026
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MOMA, elle, c’est un projet né presque par accident pendant le confinement. Peux-tu
revenir sur ce moment où tu as senti que la musique allait devenir plus qu’un simple
refuge ?
Au départ, la musique était vraiment un refuge. Le confinement a créé beaucoup de silence,
d’ennui aussi, et j’ai commencé à écrire sans intention particulière, comme un exercice que je
m’imposais, pour apprendre, pour occuper mon esprit, pour tromper l’arrêt de tout, en quelque
sorte pour continuer à bouger. Ça m’a prise par surprise, j’ai adoré : j’avais hâte de me
retrouver devant mon ordi avec mon micro et ma guitare pour composer, de finir ma première
chanson, de la faire écouter à mes proches. La satisfaction que j’en ai tirée était énorme :
clairement, j’avais trouvé plus qu’un passe-temps.

Avant de te lancer dans ce projet solo, quel a été ton parcours musical, tes influences, tes
premiers pas sur scène ?
Aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours été entourée de musique, et de danse aussi. Je
viens d’une famille où la musique est omniprésente et festive : classique, traditionnel breton,
folk, rock… il y avait toujours une occasion pour créer, danser, chanter, imaginer des
spectacles. J’ai appris le violon à 7 ans, puis adolescente je me suis tournée vers la guitare, qui
me permettait de m’accompagner au chant. J’ai aussi découvert la musique bretonne en
apprenant la bombarde, un instrument traditionnel breton.
Mais MOMA elle marque vraiment mon premier projet entièrement assumé. Je me suis
épanouie et libérée quand j’ai osé créer quelque chose qui me ressemblait et m’animait. La
liberté qu’on y trouve est grisante et permet de réellement lâcher prise.
Mes influences viennent beaucoup de la folk anglo-saxonne, d’artistes comme Joan Baez,
Aurora, Ed Sheeran, et  petit plaisir coupable  j’ai une passion pour la country et la
musique celtique.
Mes premiers pas sur scène avec ce projet ont été très forts, parce que tout était nouveau.
J’avais devant moi un public venu écouter mes chansons que j’avais créées et que j’allais
défendre seule en scène, avec mon looper et ma guitare.

Que représentait pour toi la musique à cette époque : un exutoire, un besoin, une
découverte ?
Un peu tout à la fois.
C’était un exutoire, sans hésiter, mais aussi un besoin presque vital : sans ça, je ne sais pas du
tout comment j’aurais vécu mon confinement. C’était aussi une découverte : celle de ma voix,
de ma manière de raconter, d’oser défendre mes idées.

Ton style navigue entre folk, pop et des touches électro très douces. Comment décrirais-
tu ton univers à quelqu’un qui ne t’a jamais écoutée ?
Je dirais que c’est une conversation qui commence houleuse, organique, impériale, et qui
s’apaise au gré des vagues pour laisser place à une respiration vitale, rassurante et joyeuse.
Je vois ma composition comme un grand tableau, avec des zones d’ombre, des courbes, des
lignes droites, des personnages dont on distingue les émotions, de la lumière… on les
traverse, et elles se nourrissent les unes des autres.

La nature, la mer, les images sensorielles sont très présentes dans ta musique. Quelles
sont les inspirations visuelles ou émotionnelles qui te guident lorsque tu composes ?
L’océan a une place majeure dans ma vie et résonne très très fort dans ma musique. L’océan,
c’est majestueux, effrayant, chaotique, dangereux, apaisant, enveloppant, ressourçant… autant
de caractéristiques qui crient notre condition humaine.
Je compose à partir d’histoires, vécues par moi ou par d’autres, que j’intègre dans un paysage.
Si l’histoire le demande, on sera une nuit de tempête ; si elle est douce, on sera sur la plage un
soir d’été ; si elle interroge, on sera dans un voilier qui se laisse porter par les vents… Ancrer
mon texte -l’histoire- dans un espace m’aide à créer.

Travailler seule, guitare/voix avec un looper, c’est un choix fort. Qu’est-ce que ce
dispositif t’apporte dans ton rapport à la scène et à l’écriture ?
Le looper me permet de construire un univers en direct, sous les yeux du public.
Il y a quelque chose de très honnête dans ce dispositif : tout se crée là, maintenant. Ça me
donne une grande liberté, mais aussi une responsabilité.
Ça renforce aussi le lien avec le public, qui assiste vraiment à la naissance du morceau, qui en
fait partie. D’une certaine façon, chaque concert, chaque chanson devient unique, car je ne la
jouerai jamais deux fois de la même façon.

Run est ton premier EP : qu’est-ce qui a été le déclencheur du passage du carnet de
notes à un projet enregistré et produit ?
Je crois que ça s’est fait à la minute où j’ai posé les quelques notes qui deviendraient ma
première chanson. J’ai tout de suite eu cette envie d’aller au bout de mon idée, d’en faire un
projet. Et pour moi, ça se traduisait par le live mais aussi par la création d’un objet matériel ou
immatériel, qui serait en quelque sorte une photographie de mon travail pour une période bien
définie de ma vie. C’est comme ça qu’est née l’idée de créer cet EP.

Le disque explore la fuite, la liberté, mais aussi la mélancolie. Quel fil conducteur relie
selon toi les sept titres ?
Sans hésiter : le mouvement. Courir, partir, changer de place, changer de vie. Il y a cette envie
de ne pas rester figée, d’accepter la mélancolie sans s’y enfermer, mais aussi de réaliser que le
temps qui passe ne se rattrape pas. Run parle de cette tension permanente du besoin d’avancer,
de la nécessité de changer et d’évoluer mais à quel prix ?

Y a-t-il une chanson de Run qui représente le mieux ton état d’esprit au moment de la
création ? Pourquoi celle-ci en particulier ?
La chanson éponyme « Run ». Sans pouvoir l’expliquer, quand j’ai commencé ce projet, j’ai
ressenti comme une urgence : “Si je ne le fais pas là, je ne le ferai jamais.”
C’est cette urgence qui m’a poussée à chaque étape. J’avais peur de ne pas aller au bout, peur
que la vie m’amène ailleurs, loin de la musique, alors c’était maintenant ou jamais. Cette
chanson « Run » représente exactement ça.
Écrite presque d’un seul souffle, cette chanson est viscérale. C’est ma “fight song”, mon
cri de bataille : contre les tempêtes intérieures, les doutes qui s’invitent sans prévenir, et
contre toutes ces voix extérieures ou non qui murmurent que je ne peux pas.

Tu as financé l’EP via le soutien du public et d’un dispositif régional. Comment as-tu
vécu cette expérience participative ?
C’était terrifiant et très fort émotionnellement. Je n’avais jamais monté une campagne de
financement participatif auparavant. Assez naïvement, je n’arrivais pas à imaginer que les
gens seraient prêts à m’aider autant pour aller au bout de ce projet.
J’avais fixé un objectif que les contributeurs ont littéralement explosé.
La générosité des gens m’a touchée en plein cœur. C’était fou de voir ce soutien pour mon
projet, et ça m’a boostée pour la sortie de mon EP : j’avais une belle preuve qu’il était
attendu.

Avec Run, tu poses clairement une identité artistique. Quel type de retours du public t’a
le plus touchée depuis sa sortie ?
Quand on me dit qu’une de mes chansons a accompagné un moment précis de vie ou qu’elle a
mis des mots sur ce que ressentait quelqu’un. Ces retours-là donnent tout son sens à ce que je
fais.
Mais pas seulement : j’adore quand on me dit qu’elle passe en boucle dans la voiture ou
qu’elle a servi pour une chorégraphie de fête d’école, ou de motivation pour une séance de
sport.
Finalement, qu’elle accompagne les gens dans leur quotidien.

Depuis Run, as-tu déjà commencé à travailler sur de nouveaux titres ou de nouveaux
sons ?
Disons que je n’ai jamais arrêté d’explorer ! Pour la suite : Time will tell.

Envisages-tu un jour d’ouvrir ton univers à des collaborations ?
C’est drôle, j’y ai pensé très récemment et j’aimerais beaucoup. Il y a plein d’apprentissages à
tirer d’une collaboration : c’est stimulant de se confronter à d’autres façons de composer, de
travailler et de façonner la musique. J’aime cette idée.

Si tu pouvais choisir un ou une artiste pour un duo rêvé ?
Aurora.
Pour sa magie…

Jouer prochainement au Théâtre municipal de Denain : que ressens-tu ?
Beaucoup de joie et de respect.
Jouer dans un lieu chargé d’histoire, ancré dans un territoire, donne une dimension
particulière au concert. C’est une carte blanche et je compte bien en profiter à fond ! Je ne
dévoile rien, mais il y aura quelques nouveautés.

Comment prépares-tu un concert pour garder cette proximité avec le public ?
Je travaille beaucoup en amont pour que le jour J je puisse vivre le concert à 100% et porter
toute mon attention sur ce qu’on partage.

Quelle est la chanson que tu préfères jouer sur scène ?
« You Are My Sun », parce qu’elle est lumineuse et fun à jouer et chanter.
Je l’ai choisie comme dernière chanson de mon set et elle clôture le concert sur une note
joyeuse et exaltante.

Comment veux-tu que les gens se sentent après t’avoir écoutée ?
Joyeux, sans hésiter après être passés par plein d’émotions, mais libérés.

Le moment où tu t’es dit : “MOMA, elle, c’est mon chemin” ?
Quand j’ai commencé à en rêver la nuit et à avoir hâte de me lever pour m’y plonger.

Ton plus grand souhait artistique aujourd’hui ?
Continuer à jouer, écrire et imaginer des clips musicaux dans des châteaux avec des kimonos
et des fuegos ! En un mot : m’amuser.

Si ta musique prenait forme humaine pour une journée ?
Elle serait peintre, créerait une œuvre quelque part, dehors, puis disparaîtrait à jamais, laissant
derrière elle une empreinte colorée et inachevée.

Interview
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Sebastien Ciron

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