L’âme reggae d’une génération
Il y a des voix qui traversent le temps, des refrains qui collent à la peau et des artistes qui deviennent, sans même le vouloir, la bande-son d’une époque. David Ray Grammont, que le public a adopté sous le nom de Tonton David, était de ceux-là.
Né le 12 octobre 1967 à Paris, il grandit au rythme des cultures urbaines et des sonorités venues d’ailleurs. Très tôt, le reggae, le ragga et le dancehall deviennent son langage. Dans les années 1990, alors que la scène hexagonale cherche encore sa propre couleur, Tonton David impose un style : une voix reconnaissable entre mille, un phrasé nonchalant, une énergie solaire mêlée d’engagement.
Puis arrive la déflagration.
En 1990, la bande originale du film Un Indien dans la ville révèle au grand public Chacun sa route. Le morceau devient instantanément un hymne générationnel. Dans les cours de récré, les radios, les fêtes de quartier, on chante ce refrain comme une devise : avancer, coûte que coûte.
Mais réduire Tonton David à un seul tube serait oublier la richesse de son répertoire. Avec Peuples du monde et Sûr et certain, il insuffle un reggae conscient, humaniste, ancré dans les réalités sociales. Ses textes parlent de tolérance, de fraternité, d’espoir. Son reggae est populaire au sens noble : il rassemble.
Dans une France des années 1990 en pleine mutation culturelle, il devient l’un des visages incontournables du reggae francophone. Il ouvre la voie, inspire, fédère. Sur scène, il dégage cette proximité rare, ce sourire complice qui lui vaut son surnom affectueux. “Tonton”, parce qu’il avait cette chaleur-là : celle de la famille.
Le 16 février 2021, à Nancy, la musique française perd l’une de ses voix les plus emblématiques. Mais certaines chansons ne meurent jamais. Elles continuent de résonner dans les souvenirs collectifs, dans les playlists nostalgiques, dans le cœur de celles et ceux qui ont grandi avec elles.
Aujourd’hui, Tonton David repose à l’ancien cimetière de Champigny-sur-Marne, en région parisienne. Un lieu paisible pour celui qui aura tant fait vibrer les foules.
On se souvient d’un artiste sincère, d’un pionnier du reggae hexagonal, d’un homme qui chantait l’unité avec conviction.
Et lorsque retentissent les premières notes de Chacun sa route, c’est toute une génération qui ferme les yeux… et qui se rappelle.
