Il existe des artistes qui maîtrisent leur instrument. Et puis il y a ceux qui le réinventent entièrement. Kety Fusco appartient à cette catégorie rare de musiciennes capables de transformer un héritage classique en territoire d’expérimentation totale.
Après quinze années d’études classiques, deux masters en harpe et plus de 200 concerts à travers le monde, la musicienne suisse s’est imposée comme l’une des figures les plus fascinantes de la scène contemporaine. Une artiste saluée par The Guardian, diffusée sur la BBC Radio par Iggy Pop lui-même, et programmée sur des scènes aussi prestigieuses que la Royal Albert Hall ou le Montreux Jazz Festival.
Mais réduire Kety Fusco à une virtuose serait passer à côté de l’essentiel.
Car ce qui frappe immédiatement chez elle, c’est cette volonté radicale de déconstruire l’image même de la harpe. Entre glitchs électroniques, textures expérimentales et paysages sonores futuristes, son instrument devient un laboratoire vivant où les frontières entre musique classique, ambient, électro et art contemporain disparaissent totalement.
Avec son nouvel album BOHÈME, Kety Fusco pousse encore plus loin cette vision avant-gardiste. Plus qu’un disque, le projet ressemble à un manifeste artistique où la harpe cesse définitivement d’être un simple instrument orchestral pour devenir une machine émotionnelle et sensorielle.
Un objet sonore libre, imprévisible et inclassable.
Le 5 avril dernier à Lucerne, l’artiste présentait d’ailleurs ce qui est annoncé comme le premier spectacle européen fusionnant Intelligence Artificielle et harpe. Une expérience immersive où la machine dialogue avec les cordes dans un univers peuplé de villes abandonnées, de textures numériques et de rêveries futuristes.
Le futur rencontre alors le mythe.
Et au centre de cette révolution sonore, un morceau attire déjà toutes les attentions : SHE, son nouveau single en collaboration avec Iggy Pop.
Une rencontre qui semblait presque écrite d’avance.
Dans une ancienne interview consacrée au premier EP de la harpiste suisse, Iggy Pop déclarait : « The harp is not heard, as much. » Une phrase simple, mais fondatrice pour Kety Fusco. Elle l’écoute, l’absorbe et décide d’en faire le point de départ d’une création nouvelle. Ce qui devait être une inspiration devient finalement une collaboration officielle.
SHE naît ainsi d’un échange artistique profondément instinctif.
Le morceau agit comme une déclaration d’amour à la harpe autant qu’un acte de rébellion musicale. Les textures électroniques abrasives rencontrent les vibrations organiques des cordes tandis que la voix d’Iggy Pop apporte une présence presque spectrale, magnétique, libre.
Le titre ne cherche jamais le compromis. Il casse les codes. Il ouvre des portes.
Et surtout, il affirme une idée essentielle : la harpe peut aujourd’hui exister dans des territoires sonores où personne ne l’attendait.
C’est précisément ce qui rend l’univers de Kety Fusco si passionnant. Là où beaucoup d’artistes revisitent le classique avec prudence, elle choisit la rupture, le risque et l’expérimentation totale. Une démarche qui lui permet de collaborer aussi bien avec Jeff Mills qu’avec Stromae, tout en développant ses propres projets transdisciplinaires.
Parmi eux, Beyond the Harp, sa bibliothèque sonore récompensée par Musitech, ou encore le film ETÈRA, attendu en 2025, dans lequel elle occupe un double rôle d’actrice et de compositrice.
Avec BOHÈME, Kety Fusco confirme surtout une chose : elle ne joue plus simplement de la harpe. Elle la propulse dans une nouvelle dimension.
Une dimension où l’organique et le numérique cohabitent. Où la tradition dialogue avec l’Intelligence Artificielle. Et où chaque note semble venir d’un futur encore en construction.
