Il y a des artistes qui crient leur retour. Et puis il y a ceux qui reviennent en silence, avec des mots plus justes que le bruit. Joey Larsé fait partie de cette seconde catégorie.
Le 6 mars 2026, le rappeur bordelais dévoile Beautiful Sad, un EP huit titres qui marque un tournant décisif dans son parcours. Publié chez Big Scoop Records, maison qui accompagne notamment Naâman et Fatbabs, ce nouveau projet sonne comme une renaissance artistique, intime et assumée.
De Montreuil à Bordeaux, le temps de se trouver
Originaire de Montreuil, aujourd’hui basé à Bordeaux, Joey Larsé porte 20 ans de rimes dans la tête. « À Montreuil, ce n’était pas sérieux. À Bordeaux, c’est devenu vital. » À 32 ans, il parle de son lien au rap avec lucidité : pas comme d’un rêve adolescent, mais comme d’une nécessité.
Biberonné au hip-hop dès le plus jeune âge, il commence par les freestyles au collège avant de livrer ses premiers projets, dont l’EP Drugstore en 2018. Puis silence. Cinq ans loin des sorties officielles. Une pause, pas un abandon. « Je ne me dis pas que j’ai perdu cinq ans. Ça m’a permis de sortir ce que je suis vraiment. »
Ce qu’il est vraiment, justement, c’est tout l’enjeu de Beautiful Sad.
La “jolie tristesse” comme équilibre
Après les singles “Yaboy” (septembre 2025) et “Mocassin à gland”, Joey Larsé ouvre un nouveau chapitre. Huit morceaux aux sonorités rondes, teintées de jazz, où les notes de piano deviennent refuge. « Les notes de piano, c’est ma banquise, je préfère paraître froid et être gentil sous le masque. Beautiful Sad, c’est mon équilibre. »
Ici, les textes s’écrivent comme des dialogues intérieurs. On y entend un homme qui avance, qui doute, qui observe, mais qui ne s’enferme plus dans la posture du rappeur torturé. « J’étais enfermé dans une posture de mec torturé mais je veux montrer que je suis quelqu’un qui sourit aussi. »
La “jolie tristesse” dont il parle n’est pas une plainte. C’est une nuance. Une manière d’habiter le monde. Dans “Yaboy”, il confie : « C’est une ode à la vie, j’ai cultivé mon esprit à force de marcher sous la pluie. » La mélancolie devient matière première, jamais finalité.
Esthétique et sincérité
Chez Joey Larsé, le fond et la forme dialoguent. Il aime les trenchs Burberry, les mocassins à glands, passe du temps avec ses plantes et son chat Mouss Mouss. Une élégance discrète, presque britannique, qui contraste avec la rudesse que l’on associe parfois au rap. Mais c’est justement dans ces contrastes qu’il trouve sa vérité.
« J’ai de l’or entre les mains, mais j’ai peur de tout tej, fuir le bonheur de peur qu’il ne se sauve. » Cette ligne résume tout : la conscience de son potentiel et la fragilité qui l’accompagne.
Son écriture est sans fard. Elle raconte une vie-voyage faite de reliefs, d’éclaircies et d’averses. Il ne joue plus un personnage. Il se montre tel qu’il est.
Un nouveau départ
Beautiful Sad n’est pas un simple retour. C’est une mise à nu maîtrisée. Un projet où Joey Larsé cesse de gratter uniquement la déprime pour explorer toute sa palette émotionnelle.
La route est sinueuse, dit-il. Mais il se doit d’avancer.
Et à l’écoute de ces huit titres, une évidence s’impose : Joey Larsé n’est plus en train de chercher sa place. Il est en train de la construire, mot après mot, mesure après mesure, quelque part entre le soleil et la pluie.
