Merci à FILS. d’avoir pris le temps de répondre à nos questions et de nous offrir un bel aperçu de son parcours et de sa vision artistique.
- Ici On Se Sent Bien est le premier extrait de ton nouvel EP. Qu’est-ce que ce titre représente pour toi et pourquoi l’avoir choisi comme ouverture ?
Ici on se sent bien est le deuxième extrait après « Utopie » mais j’ai choisi d’utiliser ce titre comme nom de l’Ep parce que c’est mon titre préféré parmi les 5.Il y a eu une recherche différente dans le travail du son et son texte parle d’une époque plus globale par rapport aux autres titres qui sont des saynètes de moments de vie.
- On retrouve dans le morceau une ambiance hypnotique, presque en transe, portée par le synthé. Comment travailles-tu cet aspect organique et répétitif dans ta musique ?
Oui j’ai voulu explorer ce côté répétitif avec des synthétiseurs organiques, plus chaleureux et un peu « bourrés » avec des drums/percussions amenant une polyrythmie décalée pour appuyer le texte. Le côté cyclique d’une jeunesse qui travaille la semaine et qui s’échappe dans l’état second le week-end. Je voulais que l’on ressente ce côté pesant d’une routine tout en faisant monter une pression qui se relâche dans une techno psychédélique et délavée. L’instrumentale peut paraître un peu expérimental au premier abord mais a tout son sens avec le texte.
- Tu parles d’une jeunesse désabusée, en perte de repères politiques. Penses-tu que la musique peut devenir un exutoire, voire un langage de résistance ?
La musique et la culture ont toujours été un moyen de rassembler les gens autour d’un message, qu’il soit juste émotionnel ou alors engagé politiquement. Alors oui je pense que ça peut être un langage de résistance! Avec Fils. je n’ai pas forcément pour but de rentrer dans une démarche de revendication politique mais si l’inspiration m’amène à m’y impliquer naturellement, je le ferai.
Les événements actuels sont forcément marquants pour tout le monde alors je pense que beaucoup d’artistes vont le retranscrire de différentes façons.
- Ton écriture mélange dureté du réel et recherche d’utopie. Qu’est-ce qui nourrit le plus ton inspiration : l’observation du quotidien ou tes propres expériences intimes ?
Je recherche toujours la corde sensible au fond de moi pour pouvoir le retranscrire en musique.
Souvent je ne choisis pas, une interaction, une pensée, un film, un souvenir, peuvent me perforer émotionnellement et me donner envie de ressortir ces sensations en musique.
Je dirai que l’état second me permet de le transmettre au mieux, sans trop vouloir intellectualiser mon ressenti.
- Tu es actif depuis longtemps sur la scène bordelaise, notamment avec Mamakilla. En quoi cette expérience collective a-t-elle influencé ton projet solo ?
Elle n’a pas vraiment influencé mon projet solo, j’ai toujours beaucoup enregistré chez moi tout seul. Mamakilla m’a apporté une bonne expérience du live et le fait d’assumer d’être frontman.
- Tu expliques que le confinement a été un déclic créatif pour toi. Qu’as-tu découvert de nouveau sur toi-même en tant qu’artiste à ce moment-là ?
Pendant le confinement il n’y avait plus de concerts, plus de répétitions, du coup j’ai voulu me faire plaisir en sortant des morceaux qui n’étaient à la base que pour moi et en Français. C’est là que j’ai trouvé sans le savoir une nouvelle façon de composer en parlant à mon micro, tout seul la nuit, comme à un psy. J’ai découvert des choses sur moi en réécoutant des pensées solitaires, comme un journal intime.
- Tes chansons mélangent des influences 90’s et une esthétique très actuelle. Quels artistes t’ont le plus marqué, hier et aujourd’hui ?
Hier je dirais, Radiohead, Jeff Buckley, Red hot Chili Peppers, aujourd’hui je ne saurai qui dire précisément, j’écoute malheureusement énormément de titres entrés dans ma playlist haha allant du jazz lofi à la pop mainstream en passant par du métal ou de l’électro aérien.
- Tes textes parlent d’ivresse, d’évasion, d’une génération qui cherche à se sentir bien, même pour quelques heures. Est-ce une manière de traduire l’état d’esprit de tes proches, de tes amis, ou plus largement d’un mouvement collectif ?
Oui c’est clairement une observation de mon entourage et de la jeunesse que j’ai eu, mais aussi d’un constat général en France. C’est toujours dur de dire ce qu’il en est vraiment car on voit la vie à travers son prisme et son réseau mais autour de moi et sur les réseaux, je vois chez les jeunes énormément de frustration dû à une sensation d’impuissance. Ce qui donne une recherche d’état second, une soirée ou tout va bien, ou l’on oublie le quotidien et sa dureté, on recherche l’imaginaire dans l’euphorie, un monde éphémère où tout est possible.
- Tu évoques aussi la séduction, l’attrait chimique, l’amour éphémère… Est-ce une façon de montrer que la recherche de sens passe aussi par ces moments fugaces ?
Ces sensations là, sont pour moi comme l’état second, des moments hors du temps, ou l’on ressent quelque-chose de fort, entre le rêve et l’intime.
Écouter ses envies, dans un endroit où l’on se sent bien.
- Si Ici On Se Sent Bien devait être projeté comme un film, à quoi ressemblerait la première scène ?
Un personnage central, jeune, détaché, comme seul au milieu d’une foule hyperactive en slowmotion.
Un long travelling compensé arrivant sur lui, dans sa main une pilule fluorescente, soulignant le fait qu’il va lâcher prise pour rejoindre le mouvement, la transe.
- Si ta musique était une drogue (saine, bien sûr !), quels seraient ses effets secondaires ?
Ne plus sentir son corps, avoir une vue omnisciente, se déplacer par la pensée, ressentir l’amour universel. - Quelle est la dernière chose absurde de la réalité qui t’a donné envie d’écrire une chanson ?
Dézoomer, voir la terre, voir l’espèce humaine avec tout son potentiel, voir là où on en est. Encore trop peu évolué spirituellement.
