Bye Parula s’impose avec Something Out Of Nothing, un deuxième album qui ressemble moins à une simple suite qu’à une mutation complète : plus ample, plus cinématographique, et surtout plus assumé dans son ambition de brouiller les frontières entre pop orchestrale, soul feutrée et art-rock expérimental.
On sent immédiatement que le groupe a franchi un palier. Là où le premier disque posait une identité encore en recherche d’équilibre, celui-ci déploie une véritable dramaturgie sonore. Robbie Kuster (associé à Patrick Watson) signe une production qui respire, laisse de l’air, et surtout donne à chaque morceau une dimension presque visuelle. On pense à des scènes de film jamais tournées : des néons humides, des intérieurs feutrés, des déplacements nocturnes dans une ville qui serait à la fois Montréal et une capitale européenne imaginaire.
Musicalement, le disque navigue entre plusieurs pôles qui ne s’annulent jamais. Il y a chez Bye Parula une forme de funk orchestral à la Gainsbourg, mais jamais pastiché : plutôt une énergie sensuelle, légèrement désabusée, qui se frotte à des mélodies fragiles héritées d’un Elliott Smith en clair-obscur. À cela s’ajoutent des élans plus rythmiques, presque Talking Heads dans l’idée de transformer la tension en danse, et des textures R&B modernes qui rappellent certains élans de Dijon, sans jamais perdre cette patine “70s cinéma” qui enveloppe l’ensemble.
Les invités (Elisapie, François Lafontaine de Karkwa) ne sont pas là pour décorer : ils ouvrent des fenêtres, déplacent le centre de gravité des morceaux, et renforcent cette impression de disque collectif, presque communautaire, dans la tradition indie montréalaise.
Ce qui frappe surtout, c’est le contraste permanent entre hédonisme et fragilité. Les morceaux semblent souvent sourire en surface, mais quelque chose tremble en dessous. C’est là que l’album devient intéressant : il ne cherche pas à choisir entre la lumière et l’ombre, il les fait cohabiter.
En somme, Something Out Of Nothing porte bien son titre : il transforme des fragments esthétiques déjà connus en quelque chose de cohérent, personnel, et étonnamment vivant.
