Nés à Rennes, BOPS est l’un de ces groupes qu’on n’oublie pas facilement. À l’origine, le trio formé par les frères Louis, Oscar et Germain Bop s’est fait remarquer dès 2017 avec un premier album éponyme nourri de garage rock, brut et incandescent, qui lorgnait du côté de Ty Segall. Leur énergie, taillée pour les petites scènes autant que pour les festivals, les propulse rapidement à travers l’Europe lors de tournées aussi intenses que décalées.
La pandémie redistribue les cartes : avec l’arrivée de Tom Beaudouin, le trio devient quatuor et change de trajectoire musicale. En 2022, Sounds of Parade dévoile une pop plus élaborée, grinçante et inventive, marquée par un jeu de contrastes et une identité visuelle forte, ancrée dans l’héritage breton (le mouvement Seiz Breur en guise de bannière). Toujours en mouvement, BOPS jongle entre critique sociale, second degré et recherche sonore, multipliant les expériences scéniques et les kilomètres de route.
Aujourd’hui, avec *Panic*, leur troisième album à paraître le 10 octobre, le groupe revient à une urgence créative plus brute. Enregistré en live au mythique Studio La Frette sous la houlette de Samy Osta (La Femme, Feu! Chatterton, Juniore), ce nouveau chapitre condense six mois d’écriture sans filtre, pour un regard cru sur nos paniques contemporaines. Dix titres, analogiques et organiques, qui mêlent pianos, guitares acoustiques, synthés rétro et boîtes à rythmes pour brosser le portrait d’une époque fébrile.
Troisième extrait de l’album Panic, Crack of Dawn s’impose comme une ballade pop en clair-obscur, où guitare et piano se répondent dans une atmosphère suspendue. Dépouillée au fur et à mesure de sa création, la chanson garde seulement l’essentiel : une tension douce, presque hypnotique, qui nous embarque dans un road movie mystérieux.
Le clip, véritable prolongement visuel, suit trois personnages énigmatiques transportant une malle, fil conducteur d’un périple traversant forêts, stations-service et landes baignées par la lumière changeante du soleil. Entre aube et crépuscule, l’image se fait contemplation, comme une ode au passage du temps et au renouveau.
Là où leurs précédents morceaux pouvaient se montrer incisifs, Crack of Dawn joue la carte du dépouillement et de la suggestion. On y retrouve pourtant la patte BOPS : une musique qui, derrière son apparente simplicité, charrie un sous-texte sur l’errance, l’incertitude et la beauté fragile des instants suspendus. Ce titre, dernier avant la sortie de Panic, agit comme une respiration poétique, le calme avant la tempête.
Avec ce single, BOPS démontre qu’ils savent autant manier l’énergie brute que la délicatesse contemplative. Crack of Dawn n’est pas qu’un morceau : c’est une parenthèse lumineuse, une invitation à se perdre dans la route et à attendre patiemment l’éclat du jour.
