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  Interviews  Anne Paceo, l’interview
Interviews

Anne Paceo, l’interview

Sebastien CironSebastien Ciron—14 octobre 2026
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Merci à Anne Paceo d’avoir pris le temps de répondre à nos questions.

Atlantis est né notamment d’une expérience de plongée qui vous a profondément marquée. À quel moment avez-vous compris que ces sensations sous-marines allaient devenir la matière première de votre nouvel album ?

Au départ, c’est vrai que je ne réalisais pas trop. En fait, je sortais de l’eau et puis j’avais des mélodies qui me venaient en tête. Je les enregistrais sur un dictaphone. Et puis, il y a un moment où je suis… Évidemment, après, je rentrais à la maison à Paris. Et j’avais toujours le besoin de me ré-immerger d’une manière ou d’une autre.

Donc, ça passait par l’écoute de podcasts, des lectures, regarder des films et des documentaires sur l’océan, des émissions de radio, écouter des sons enregistrés dans l’océan. Et c’est là que je recommençais à travailler la matière. Et puis, c’est vrai qu’au bout d’un moment, alors je ne saurais pas dire exactement quand, mais je me suis rendue compte que toute la nouvelle matière que j’écrivais tournait autour de cette thématique.

Donc, je dirais que c’est peut-être après quelques mois. Mais c’est vrai que l’écriture de cet album s’est étalée sur, je pense, deux ans, peut-être deux, trois ans. Et souvent, en fait, je fais les choses.

Et puis après, je prends du recul et je me rends compte du sujet que j’ai voulu traiter. Mais au début, c’est assez inconscient. Alors, en fait, mes goûts sont très variés. Et ce qui est sûr, c’est ce qui m’anime. Ce qui m’anime, c’est de faire la musique que je rêverais d’écouter. C’est-à-dire que moi, j’aime le son de la pop.

J’aime la musique répétitive, que ce soit de la musique vraiment de trance, par exemple, de cérémonie shamanique ou de la musique électronique. Et quand je compose, en fait, je ne me pose pas vraiment la question du style. Et en fait, je pense que c’est pour ça que cette musique est si transfrontalière.

C’est que je ne me pose pas la question du style. Vraiment, jamais. En fait, je fais.

Et en fait, c’est après, quand il y a les gens qui commandent, qui critiquent, qui parlent de la musique, qui vont me dire « Ah oui, on y trouve telle musique, telle musique, telle musique. » Mais c’est vrai que quand je compose, ce n’est pas la question que je me pose. Justement, je ne me pose pas la question du style. Comme ça, je suis sûre de ne pas m’enfermer dans une case.

L’album est construit comme un véritable voyage, avec une dramaturgie pensée du premier au dernier titre. Comment avez-vous travaillé cette notion de narration et qu’est-ce que vous souhaitez que le public ressente lorsqu’il écoute Atlantis d’une traite ? 

Anne PaceoAlors, c’est vrai que sur album, c’est toujours un gros sujet, l’ordre des morceaux.

Et ça l’est aussi sur scène. Déjà, ça ne peut pas être la même dramaturgie sur scène que sur album, parce que les gens ne sont pas dans le même état. Un album, ça s’écoute, on peut être en train de faire autre chose, on peut être dans une voiture, on peut être dans le métro, on peut être dans son canapé.

En fait, il y a plein de manières d’écouter la musique aujourd’hui. Et sur un album, il faut arriver un peu à saisir les gens assez vite pour qu’ils n’aient pas envie de changer de morceau. D’ailleurs, je trouve que les plateformes de streaming ont beaucoup brouillé l’écoute.

C’est-à-dire que les gens aujourd’hui écoutent de moins en moins des albums entiers, mais ils écoutent un titre, deux titres, des choses qu’ils mettent dans les playlists. Donc, je dirais que ma manière de faire l’ordre du disque a changé ces dernières années. Et parce qu’il y a aussi les critiques.

C’est-à-dire que les critiques, les journalistes, etc., en fait, c’est pareil, il faut qu’ils soient accrochés dès le premier titre. Et moi, je sais que j’ai toujours aimé entrer dans les disques de manière assez tranquille. Et là, ça fait deux albums avec Shaman où je fais des ordres et j’ai mon attaché de presse qui me revient et qui me dit Anne, il faut que tu mettes ce titre en début d’album parce qu’il faut qu’on puisse accrocher les gens avec ça.

Donc ça, ça a pas mal changé ma manière de faire, en tout cas de concevoir l’ordre des disques. Après, du coup, sur le live, il y a une liberté totale. Et pour moi, ce live, cette tournée, c’est vraiment une plongée.

C’est-à-dire que les gens vont, ils s’assoient ou ils sont debout, mais ils rentrent dans l’univers. Et en général, on commence par des morceaux plutôt tranquilles, mais quand même, ils sont assez forts émotionnellement. Et puis après, il y a une montée en puissance, un moment de calme et une remontée jusqu’à la fin du set.

Et qu’est-ce que je souhaite que le public ressente ? En fait, moi, j’aime bien l’idée d’une musique qui soigne et qui fait se sentir mieux. Et je suis toujours très heureuse quand les gens me disent qu’en fait, la musique leur a fait oublier leur quotidien, oublier les problèmes, faire se sentir mieux. Et encore une fois, j’aime bien l’idée de l’immersion, que les gens, on s’immerge ensemble pendant une heure et demie.

Vous avez invité plusieurs voix sur cet album, notamment Laura Cahen et Piers Faccini. Qu’est-ce qu’une voix apporte à votre musique que vos instruments ne peuvent pas raconter seuls ? Alors en fait, la voix, tout comme la percussion d’ailleurs, c’est des instruments premiers qu’on peut jouer n’importe où. Et il y a quelque chose de très direct avec la voix, un truc de âme à âme, là où un instrument pourrait peut-être parfois faire barrière et où surtout les gens ont l’impression qu’il faut avoir une certaine connaissance ou une certaine culture pour comprendre les prouesses sur un instrument, alors que la voix, il y a quelque chose de très très direct.

Et moi, c’est ça qui me plaît. Après moi, je compose en chantant, donc la voix est vraiment au centre de mon écriture. Et ensuite, inviter des chanteurs et chanteuses différents, c’est une manière aussi d’amener des timbres de la même manière que je pourrais avoir envie, j’en sais rien moi, de ramener un trombone ou un violon, c’est des timbres différents.

Et par exemple, la voix de Piers ou la voix de Laura, c’est des timbres très différents, et donc une manière aussi différente d’habiter la musique et d’incarner le son. Donc je dirais que c’est juste une manière plus directe de toucher les gens. Et puis moi, les voix, ça m’émeut souvent.

Atlantis porte aussi une réflexion sur notre rapport à l’océan et à notre environnement. Est-ce que la musique peut, selon vous, provoquer une prise de conscience sans devenir pour autant un discours militant ? Moi, je pense sincèrement que ma musique est politique, dans le sens où je défends pas mal de valeurs. Déjà la notion de collectif, parce qu’on est six sur scène, c’est moi la patronne, mais chacun, chacune est mise en lumière de la même manière.

C’est aussi une façon de sensibiliser les gens. D’ailleurs, on est autant d’hommes que de femmes, donc ça, c’est aussi politique d’avoir la parité, ce qui n’est souvent pas le cas encore malheureusement dans la musique. Et puis, je crois que chacun de mes albums porte des discours militants, que ça soit, je pense à Bright Shadows, où je parle pas mal de la notion de migration, de gens qui fuient leur terre à cause de la guerre ou parce qu’ils espèrent trouver une vie meilleure.

Atlantis, c’est des questionnements écologiques sur ce qu’on fait de notre planète, comment on la protège. Shaman, il y avait une notion aussi. Moi, j’ai découvert, ça fait longtemps que je me passionne pour les musiques qui viennent du monde entier, et je trouve qu’en Occident, on est parfois un peu autocentrés.

Alors qu’il y a des musiques incroyables partout, et c’est pas nous les meilleurs, il y a juste plein de possibilités. Donc, je ne sais pas si je suis militante, mais je pense que ma musique est politique et porte des valeurs humanistes. Vous allez présenter Atlantis sur scène, notamment au bateau de feu à Dunkerque.

Qu’est-ce qui change pour vous entre la construction minutieuse d’un album et le moment où cette musique devient vivante face au public ? Alors, ce qui est très différent, c’est que sur l’album, il y a des moments qui sont improvisés, évidemment, et notamment à des endroits où on ne l’attend pas. Je pense par exemple au morceau « The Diver », qui est très électro, au final, sur l’album. Mais en fait, toute la partie… Alors, il y a ce thème qui est très écrit au début, et à partir du moment où la batterie s’arrête pour revenir ensuite, c’est complètement improvisé.

Après, quelque part, l’imposé, moi, ce que je leur dis, c’est qu’on doit aller dans quelque chose de musique répétitive, une musique de trance. Donc, ce morceau, en fait, il se réinvente parce qu’on n’est pas inspirés pareil tous les soirs. Donc, je dirais aussi que les formes s’étendent, les morceaux sont plus longs et on prend plus le temps.

Et après, il y a de l’improvisation, tout comme dans l’album, d’ailleurs, mais toujours dans un cadre, parce que chaque chanson raconte une histoire, donc il faut continuer à dérouler le fil, à tisser le fil, à tirer le fil de cette histoire là. Et je pense aussi que le rapport au public change vraiment la musique, selon si le public est debout, assis, si le public est réactif, si le public est très calme. Nous, on ne va pas jouer pareil et il ne va pas se passer la même chose sur scène.

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Sebastien Ciron

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