Dans le paysage musical indépendant, certaines formations avancent à contre-courant, préférant creuser leur propre sillon plutôt que suivre les tendances. C’est précisément le cas de Corde, trio singulier qui revient aujourd’hui avec un projet aussi ambitieux qu’habité.
Corde, l’art de la tension et de la nuance
Depuis ses débuts avec Concorde (2019), puis l’album éponyme en 2021 et Schema en 2024, Corde s’est construit une identité sonore à la croisée des chemins : entre musique expérimentale, poésie contemporaine et pulsations électroniques. Leur univers ne cherche pas la facilité ; il invite à ressentir, à traverser, parfois même à se confronter.
Le groupe façonne une matière sonore dense, presque tactile. Au cœur de cette architecture, le violon de Maxime agit comme une colonne vertébrale émotionnelle, tantôt lyrique, tantôt abrasif. Face à lui, les rythmes de Steve insufflent une énergie organique, presque viscérale, tandis que les textures électroniques et les voix improvisées viennent brouiller les repères.
“A” : un album manifeste au cœur du tumulte
Le 24 avril 2026 marque une nouvelle étape avec la sortie de A, troisième album du trio. Plus qu’un disque, c’est un véritable manifeste artistique.
Nourri par deux années de bouleversements politiques et sociaux, A capte l’air du temps avec une intensité rare. Colère sourde, lucidité tranchante et besoin de poésie s’y entremêlent. Les morceaux oscillent entre tension et fragilité, dessinant des paysages sonores où se croisent urgence climatique, indignation politique et mélancolie culturelle.
L’écoute se vit comme une immersion : une traversée intérieure où chaque piste agit comme un espace ouvert, laissant à l’auditeur la liberté d’y projeter ses propres images, ses propres fractures.
Une palette sonore élargie
Avec A, Corde enrichit encore son langage musical. Le trio s’entoure de nouvelles collaborations, notamment avec Jérôme Descamps au trombone et le guitariste Tim Placenti. Ces apports élargissent la palette et renforcent cette impression de fresque sonore en constante évolution.
Le résultat évoque une “peinture en mouvement”, où chaque élément, souffle, corde, vibration participe à une narration sensorielle plutôt que linéaire.
Un projet artistique… et politique
La sortie de l’album s’inscrit dans une démarche plus large, en partenariat avec Strymy, plateforme innovante dédiée aux musicien·nes indépendant·es.
Encore en phase de bêta test, Strymy portée par l’association Vailloline, également label du groupe ambitionne de repenser la diffusion musicale : sans publicité, avec des crédits détaillés et une rémunération plus directe des artistes. Une initiative qui fait écho aux valeurs portées par Corde, entre indépendance et engagement.
Une expérience qui se prolonge à l’image
L’univers de A ne s’arrête pas à l’audio. Après la sortie de l’album, le groupe dévoilera le clip “Extase des nations humaines” le 7 mai, promettant de prolonger cette exploration sensorielle sur le terrain visuel.
Une voix singulière dans le paysage musical
Avec A, Corde confirme sa place à part : celle d’un groupe qui ne cherche pas à plaire immédiatement, mais à marquer durablement. Leur musique ne se consomme pas, elle se traverse. Elle dérange parfois, fascine souvent, mais ne laisse jamais indifférent.
Dans un monde saturé de formats courts et d’écoutes rapides, Corde propose une autre temporalité : celle de l’attention, de la profondeur, et d’une poésie qui résiste.
