Merci à Marie Urbain d’avoir pris le temps de répondre à nos questions.
Tes chansons renouent avec la fonction première de la chanson : raconter des histoires et évoquer des souvenirs.
Peux-tu nous parler d’un moment ou d’un souvenir précis qui t’a donné envie de créer une pièce ?
Un souvenir qui m’a inspiré cette pièce est ma jumelité et ce que cela implique dans ma vie. Je l’ai écrite à deux voix, que nous allons d’ailleurs interpréter aux auditions. La composition m’a beaucoup plu : elle est faite de rebonds de clavier, de pizzicatos et de voix aux résonances quasi sacrées, ce qui, je crois, évoque parfaitement un souvenir partagé avec ma sœur
Ton travail mêle arpèges, chœurs féminins, cordes acoustiques et matières synthétiques.
Comment choisis tu ces textures sonores pour servir au mieux l’émotion que tu veux raconter ?
Quand j’évoque des souvenirs ou des émotions, les textures sonores viennent presque toutes seules. Je ressens leur goût, leur couleur : acide, doux, « fumé »… À partir de ça, j’enregistre avec mon violon un pizzicato, un cri, un rire, des synthés, des instruments acoustiques… Puis on les mélange avec les voix et instruments des filles sur scène. Le résultat est toujours un peu magique
On ressent dans ta musique une dimension théâtrale, presque comme une mise en scène de femmes et de leurs vies.
Qu’est-ce qui t’attire particulièrement dans cette figure féminine multiple ?
Je crois que je crée un tableau, où les figures féminines qui m’accompagnent depuis toujours (mes sœurs, mais pas seulement) se mêlent à leurs souvenirs et à leurs échos. C’est à partir de cette présence que je compose avec les filles sur scène, c’est ce qui forme cette énergie au fil du temps.
Quand tu écris ou composes une chanson, l’émotion vient-elle d’abord du texte, du son, ou d’un mélange des deux dès le départ ?
Elle peut venir d’un texte, d’un son, d’un mélange des deux !
Ton chant et tes arrangements semblent inviter l’auditeur à une intimité presque confidente.
Est-ce que tu vois ta musique comme un journal intime mis en partage ?
Je ne vois pas ma musique comme un journal intime, mais plutôt comme un espace thérapeutique. J’y exprime les choses avec beaucoup de sincérité, en partant de mes émotions passées ou présentes. À partir de là, je dessine des histoires : certaines vécues, d’autres inventées, parfois simplement aperçues au loin, mais toujours inspirantes. C’est ma manière la plus naturelle de communiquer. Cette approche n’exclut pas la légèreté ou même le second degré, que ce soit dans les textes ou dans la musique. Mais même dans ces moments, j’essaie de préserver une cohérence poétique, un fil qui relie l’ensemble et invite l’auditeur à entrer dans cet espace de partage.
Les chansons qui parlent et les histoires que tu racontes ont manifestement une force particulière en live.
Est-ce que tu prépares différemment une chanson pour la scène que pour l’enregistrement ?
Oui, je prépare une chanson différemment pour la scène que pour l’enregistrement, même si les deux sont profondément liés. Je commence toujours par composer le titre, puis, en fonction des personnes avec qui je travaille sur scène, je visualise la chanson autrement. J’allège, je réduis à l’essentiel, quitte à réarranger complètement. C’est un processus que j’aime particulièrement, presque un jeu de précision. Ce travail scénique a ensuite une influence directe sur l’enregistrement. Je reviens vers la version studio avec ce que le live m’a appris, pour arriver à une forme finale plus juste. Ces allers-retours peuvent sembler longs, mais ils sont essentiels pour moi : ce sont des échanges humains, nourris par l’inspiration que m’apportent les musiciennes avec qui je joue. La scène devient un véritable laboratoire, au cœur de mon processus de création.
Peux-tu nous décrire ce que représente pour toi une audition comme celle des iNOUÏS 2026 ?
En quoi cet événement va-t-il te permettre d’exprimer ton univers et de toucher un public plus large ?
Une audition comme celle des iNOUÏS 2026 est pour moi un moment de vérité scénique, où le projet se révèle pleinement dans l’énergie du live. Mes chansons y quittent l’intime pour devenir un partage immédiat, porté par la voix, les harmonies et la dynamique du groupe. C’est un cadre exigeant et précieux pour défendre un projet musical sincère et profondément ancré dans le live. Toucher un public plus large à travers les iNOUÏS, c’est créer des résonances, faire circuler des émotions et inscrire mon projet dans une scène actuelle qui valorise l’authenticité et le live.
Ton rapport à la scène est-il plus intime ou au contraire libérateur ?
Est-ce que l’interprétation en public change ton rapport à l’histoire que tu racontes ?
Mon rapport à la scène est avant tout libérateur. Si les chansons naissent souvent d’un endroit intime, le moment du live les transforme profondément. Chaque concert est une nouvelle rencontre : un public différent, un lieu, une atmosphère.. Partager ces histoires les fait évoluer c’est certain. Elles ne m’appartiennent plus vraiment, elles circulent! L’interprétation en public change donc mon rapport aux récits que je raconte. Sur scène, nos performances vivent et transpirent quelque chose de légèrement différent à chaque fois. Il y a une dimension très collective, liée à la manière dont nous jouons ensemble, en symbiose, presque comme dans la musique gospel.
Ta musique évoque des impressions, des nostalgies, des traces émotive de lieux et de relations.
Est-ce qu’il y a un endroit particulier (vraiment ou imaginaire) qui t’inspire particulièrement pour écrire ?
N’importe où !
Qu’écoutes-tu en dehors de ta propre musique et comment cela influence-t-il ton travail ?
J’écoute en ce moment pas mal de musique interculturelles, je pense au violoncelliste David Darling qui a collaboré avec le peuple autochtone de Taiwan , musique et sons africains, indienne, anglaise américaine des années 60 ou 70, classique, mais finalement beaucoup de néo classique. Je viens de la danse, et ce mouvement là m’inspire beaucoup.
Si une de tes chansons pouvait prendre la forme d’un lieu réel (une maison, un jardin, une pièce, une plage…), lequel serait-ce et pourquoi ? La chanson Rose représente le village où j’ai grandi.
Est-ce que ce lieu aurait une odeur, une lumière ou un son particulier ? Le son des cloches de l’église.
