La musique n’a pas été tant un choix qu’une réaction. Dans un monde qui peut être soit assourdissant de chaos, soit pesant de silence, la musique est devenue une façon de créer ma propre fréquence. C’était un moyen de filtrer le bruit ambiant pour mettre en lumière des émotions ou des questionnements qui, sans ça, restaient inaudibles. Cette recherche de la bonne fréquence a d’abord exploré des sonorités folk-rock puis dream pop avec mes anciens groupes, avant que le projet solo ne s’impose pour porter des textes plus intimes et engagés.
Le nom Meadoz est un hommage à Dennis Meadows, l’un des auteurs du rapport « The Limits to Growth » (la mise en lumière de l’impact de la croissance économique sur les ressources environnementales et donc les impacts engendrés sur nos sociétés). La découverte de son travail a été un déclic, et ce nom est devenu une sorte de boussole pour le projet : créer une musique qui, bien qu’introspective et mélancolique, reste profondément connectée aux fractures de notre monde. Cela peut être notre rapport à la planète, mais aussi, et c’est le cœur de l’EP, notre rapport aux autres et aux violences silencieuses qui marquent nos sociétés.
2) Le single « Just One » est ton premier titre, il sort le 19 septembre. Peux-tu nous raconter l’histoire derrière cette chanson ?
Just One n’est pas tant un cri qu’une immersion. C’est une tentative de mettre en musique le cheminement intérieur d’une femme qui subit une violence. La chanson pose un constat, celui d’être prise au piège d’une emprise psychologique, et elle explore cette quête pour s’en échapper et retrouver la lumière.
Musicalement, j’ai voulu que la structure du morceau incarne cette lutte. Tout commence par un murmure mélancolique, des sonorités flottantes, qui représentent l’enfermement, le poids du silence. Le long crescendo poignant qui suit, ce n’est pas une colère qui explose, c’est la bataille intérieure : l’alternance entre l’abattement et les sursauts de lucidité, cette envie de fuir qui grandit et qui se heurte à la peur.
Le climax orchestral final n’est donc pas une fin en soi ; c’est le moment précis de la rupture, l’instant où l’on force le passage. C’est une libération, mais qui laisse entendre que la reconstruction, elle, ne fait que commencer. Le titre, Just One, fait référence à cette unique étincelle, ce seul moment de courage ou cette opportunité qu’il faut trouver et saisir pour tout faire basculer.
3) L’EP à venir : Ton EP « What Did You Say » sortira le 7 novembre. Que pourras-tu nous dévoiler de son univers et de ses inspirations ?
What Did You Say est un voyage au cœur des non-dits et des luttes invisibles. Le titre de l’EP est la question qui hante chaque morceau : qu’est-ce qu’on n’entend pas, ou qu’on refuse d’entendre, et/ou qu’on ne fait pas ?
L’EP s’ouvre sur « Birth », une introduction très vaporeuse et profonde qui installe l’auditeur dans un état d’introspection, comme une naissance au monde et à ses complexités. Il enchaîne avec la résilience de « Just One ». Le troisième titre, « Breakin’ Me », est un morceau rock-lofi qui aborde le harcèlement scolaire, où les harmonies vocales s’entremêlent comme un appel à l’aide feutré. L’EP se conclut sur la chanson titre, « What Did You Say », qui est une réflexion sur notre inaction face au chaos du monde. Les delays lo-fi et les reverbs créent un espace sonore distordu, presque anxiogène, avant une explosion finale, comme une prise de conscience aussi brutale que nécessaire.
4) La scène : À quoi ressemblerait pour toi un concert idéal de Meadoz ? Une ambiance intimiste ou un déferlement d’énergie ?
Mon concert idéal serait un voyage en clair-obscur, un équilibre entre les deux. L’ambiance serait plutôt intimiste, un cocon créé par des lumières tamisées et des sons réverbérés
Mais cette intimité n’exclut pas l’intensité. Plutôt qu’un « déferlement », je parlerais d’une « incandescence ». L’énergie monterait par vagues, avec des crescendos électriques, des moments où le son prend toute la place pour exprimer ce que les mots ne peuvent plus dire. La lumière jouerait un rôle essentiel pour sculpter ces ambiances, pour passer de la pénombre à des éclats plus vifs. L’objectif est que le public reparte avec un sentiment, une émotion durable, plus qu’avec un simple souvenir du concert.
5) Question originale : Si « Just One » était un lieu, un paysage, ou même un souvenir, lequel serait-il ?
Ce serait un sentier, à peine visible, qui s’enfonce dans une forêt dense. Un brouillard léger s’accroche aux branches, rendant les contours incertains. C’est un paysage qui représente le doute et l’isolement après la violence, quand le chemin pour se reconstruire semble flou et angoissant.
Et puis, au milieu de cette pénombre, le komorebi : la lumière douce et obstinée qui traverse le feuillage des arbres. Au début, c’est juste une lueur fragile qui éclaire à peine le sol devant soi. C’est le murmure de la chanson, la première parole, le premier pas timide pour sortir du silence. Cette lumière ne montre pas la destination finale, mais elle donne juste assez de clarté pour oser avancer.
Mais ce paysage n’est pas figé. Il évolue avec la musique. À mesure que le crescendo de la chanson s’installe, la lumière gagne en intensité. D’autres faisceaux percent l’obscurité, le brouillard commence à se dissiper, révélant la beauté des arbres au lieu de n’en voir que les ombres. Le climax orchestral et libérateur du morceau, ce serait le moment où l’on débouche enfin de la forêt dense pour arriver dans une clairière où la pleine lune, immense et sereine, baigne tout d’une lumière blanche et apaisée. Ce n’est plus une petite lueur, c’est un espace entier qui est reconquis par la clarté. C’est le début de la reconstruction.
