Basile Palace — 22m2
Un premier album comme un refuge, entre pop, rap et mémoire vive
22m2. C’est la taille de l’appartement où tout a commencé. Un petit espace parisien partagé à 14 ans avec son père et sa belle-mère enceinte, et surtout le lieu des premiers textes griffonnés, des premiers couplets fredonnés à mi-voix. Un Palace ? Pas encore. Mais c’est dans ces 22 mètres carrés que Basile Palace a bâti les fondations de son univers, aussi intime qu’ambitieux.
À 27 ans, le jeune auteur-compositeur-interprète signe un premier album inclassable, traversé par la mélancolie, la rage douce, les souvenirs d’enfance, les rêves flous et la pop éclatante. Ni tout à fait rappeur, ni complètement chanteur, Basile est un funambule de l’émotion, au flow ciselé et à la plume sensible. Il navigue entre variété française, pop anglo-saxonne, synthés 80s, éclats de rap tranchants et confessions crues, avec une grâce rare.
Un album-construction
22m2, ce sont 11 morceaux comme autant de pièces dans un palace intérieur, un lieu qu’il agrandit chanson après chanson, souvenir après souvenir.
L’album creuse un sillon personnel, souvent douloureux : la perte de son père, survenue il y a deux ans, est au cœur du disque. Trois titres en tracent une poignante chronologie.
Dans « Lidl », Basile parcourt les rues de son passé, oscillant entre ironie douce et tendresse.
« Problèmes de grand », écrit et chanté avec son petit frère Gabriel, est un dialogue imaginaire avec ce père disparu, entre colère rentrée et quête de sens.
Enfin, « Allez papa » s’impose comme un cri du cœur, un adieu sans filtre dans une chambre d’hôpital, un morceau brut et bouleversant.
Pop, rap & sentiments
Mais 22m2 n’est pas un album lourd. C’est un album vivant, traversé de lueurs pop et de rythmes dansants, qui parlent aussi d’amour adolescent, d’humour lucide et de désillusions douces.
Sur « Palace », Basile transforme une peine de cœur en hymne électro-pop.
Dans « Mécaniques », il déverse une rage calme au fil d’un texte hypnotique, entre slam et poésie urbaine.
Et quand les voix féminines s’invitent (notamment dans « Promesses non tenues » ou « Toi et moi »), elles ajoutent de la grâce aérienne à cette chronique d’un cœur qui grandit.
De l’ombre à la lumière
Depuis son premier EP Pour vous servir (2022), dans lequel il se présentait en réceptionniste de nuit mélancolique, Basile a bien grandi. Il ne choisit toujours pas entre rappeur et chanteur — et c’est précisément ce refus des cases qui devient sa force.
Sa musique évoque autant le flegme insolent d’Orelsan, la nervosité à fleur de peau de Diam’s que les élans synthétiques de The Weeknd. Mais chez Basile, tout cela passe par le prisme d’un jeune homme en construction, encore maladroit parfois, mais toujours sincère.
Hip-Pop Palace
Avec 22m2, Basile Palace invente sa propre formule : une “Hip-Pop” personnelle et pleine d’âme, construite à coups de refrains pop, de textes au scalpel et de refrains qui hantent doucement.
À la question qu’il posait lui-même : “rappeur qui voulait être chanteur ou l’inverse ?”, il répond aujourd’hui avec évidence : ni l’un ni l’autre, mais tout à la fois.
22m2 est un disque où les chagrins deviennent chansons, où les murs étroits deviennent cathédrales d’émotion. Un premier album habité, touchant, sans emphase — la promesse d’un artiste à suivre de très près.
08-oct-25 LILLE BULLE CAFÉ
