Une traversée éthérée entre générations de shoegaze
Lille, Aéronef – 23 Avril 2025
Ce soir-là, l’Aéronef de Lille baignait dans une brume sonore envoûtante, oscillant entre frissons nostalgiques et électricité juvénile. Au programme : Ride, monstres sacrés du shoegaze britannique, de retour sur scène avec l’assurance tranquille des pionniers, et en ouverture, Cosmopaark, formation bordelaise en pleine ascension, qui a prouvé qu’on peut faire vibrer des guitares avec autant de grâce qu’à Oxford en 1990.
Cosmopaark – Une montée en puissance planante
À 20h tapantes, dans une salle déjà bien garnie, Cosmopaark prend possession de la scène sans fanfare, mais avec une élégance discrète. Leur son, nourri à l’éther et aux réverbérations, pose d’emblée une atmosphère introspective. On perçoit des influences évidentes (Slowdive, DIIV, voire MBV), mais le groupe ne se contente pas d’enfiler les habits du genre : il les module, les fait siens, et y glisse une sensibilité française très affirmée.
Leur set est un crescendo maîtrisé. La basse ondule sous des nappes de guitares brumeuses, et la voix, presque chuchotée, semble surgir de l’autre côté d’un rêve. Les morceaux s’enchaînent avec cohérence, et la foule, d’abord curieuse, se laisse happer dans cette transe cotonneuse. Une mention spéciale pour le titre “Sunflower” (ou autre morceau phare du groupe), aux envolées célestes, qui a arraché les premiers hochements de tête passionnés. Cosmopaark ne joue pas, il flotte. Et ce soir, il a convaincu.
Ride – Le retour des architectes soniques
Mais lorsque Ride entre en scène, l’air vibre autrement. Les vétérans de la scène shoegaze n’ont rien perdu de leur intensité. Le mur de son est là, immense, mais jamais écrasant. Andy Bell, stoïque, gratte ses riffs avec une précision presque hypnotique, tandis que Mark Gardener semble dialoguer avec les échos de ses propres chansons.
Le public, intergénérationnel, accueille les classiques avec ferveur. “Vapour Trail”, repris en chœur par toute la salle, laisse un frisson suspendu dans les airs. Mais Ride ne se contente pas d’un revival : leurs titres récents, issus de Weather Diaries ou This Is Not a Safe Place, trouvent toute leur place dans le set, portés par une production impeccable et une dynamique toujours renouvelée.
Visuellement, le light show sublime les nappes sonores : jeux de stroboscopes, projections abstraites… L’Aéronef devient un vaisseau psychédélique. Chaque morceau est un voyage, et le public, captif, se laisse emporter.
Une transmission de flambeau subtile
Ce concert fut plus qu’un enchaînement de sets : c’était un dialogue. Entre un groupe jeune, qui reprend le flambeau avec humilité et fraîcheur, et des légendes qui prouvent que l’on peut évoluer sans trahir ses racines. Cosmopaark a impressionné ; Ride a confirmé. Ensemble, ils ont tissé une nuit suspendue, dédiée à tous ceux qui aiment se perdre dans les nappes de guitares et les rêveries sonores.







