Avec Dans le salon, OH NON ne se contente pas de livrer un second EP : le quintet ouvre grand les portes de son imaginaire et invite à une expérience aussi absurde que profondément humaine. Neuf titres comme autant de pièces d’un appartement mental où tout semble à la fois décousu… et parfaitement cohérent.
Dès l’introduction, le ton est donné : ici, les moustiques ont une âme, les névroses deviennent des personnages et les objets du quotidien prennent une dimension quasi mythologique. Derrière cette galerie surréaliste se cache pourtant une vraie lucidité sur notre époque celle des solitudes urbaines, des identités fragmentées et des relations en tension permanente.
Musicalement, Dans le salon est un terrain de jeu jubilatoire. Surf rock, ska, synth-pop, jazz, punk, rock psyché… OH NON refuse de choisir, et c’est précisément ce qui fait sa force. Chaque morceau surprend, bifurque, s’autorise des détours inattendus, enrichis par une instrumentation foisonnante où piano, saxophone, violon et même setar viennent brouiller les pistes. Cette ouverture sonore, notamment teintée d’influences moyen-orientales, apporte une profondeur supplémentaire à l’ensemble une manière d’ancrer l’expérimentation dans une histoire et des racines.
Focus sur “L’enfer c’est les autres”. Derrière ce titre emprunté à Jean-Paul Sartre, le groupe prend un malin plaisir à détourner les attentes. Ici, pas de dissertation existentialiste, mais une synth-pop faussement naïve, portée par des mélodies entêtantes et une mélancolie diffuse. Le morceau explore l’isolement, le regard des autres, et cette quête paradoxale de liberté au sein même du collectif. Une ritournelle douce-amère qui rappelle l’efficacité minimaliste de Stéréo Total ou les élégances froides d’Elli et Jacno.
Ailleurs, les références fusent sans jamais écraser l’identité du groupe. On pense à l’excentricité de Nina Hagen, aux expérimentations de CAN ou à l’étrangeté sophistiquée de Tuxedomoon. Mais OH NON reste fidèle à une certaine tradition française : celle de Brigitte Fontaine ou de Boris Vian, où le verbe joue, pique et dérange.
Ce qui frappe surtout, c’est la capacité du groupe à faire cohabiter le grotesque et le sensible. Derrière l’humour, il y a des failles. Derrière le chaos, une forme de tendresse. Dans le salon devient alors un refuge étrange, un endroit où l’on peut se perdre sans jamais vraiment se sentir seul.
Sur scène, cette matière promet déjà de muter en véritable rituel collectif. Entre cabaret déjanté et performance cathartique, OH NON confirme qu’il est autant un groupe à vivre qu’à écouter.
Un EP foisonnant, indiscipliné, parfois déroutant mais toujours vivant. Et dans ce joyeux désordre, une évidence : OH NON ne ressemble à personne.
