- Deux mois après la sortie de A et à la veille de la sortie du clip Saint-Amour, dans quel état d’esprit est le groupe aujourd’hui ?
Est-ce que vous avez le sentiment d’ouvrir un nouveau chapitre ou plutôt de prolonger quelque chose qui existait déjà dans l’album ?
nîm : Bizarrement, et tu l’as senti, le visuel de Saint-Amour provoque un décalage avec ce que nous avons partagé depuis la sortie de l’album “A”, et c’est un peu l’ambiance que je ressens pour ma part. C’est également dû au fait que nous avons pu commencer à jouer notre nouveau set sur scène et que la résidence artistique au Pharos d’Arras nous a fait nous rendre compte de la puissance que ces morceaux dégagent sur un grand plateau. Je n’en étais pas conscient avant, aussi paradoxalement que ça puisse paraître.
Maxime : Je n’ai qu’une envie, présenter l’album sur scène. Sur les premiers concerts, j’ai pris un plaisir monstre et j’espère qu’il est contagieux. Chaque album étant une nouvelle page de notre histoire, je compte la vivre pleinement.
- Dans votre présentation de Saint-Amour, il y a cette idée très forte : “dans le vacarme du monde, reste-t-il encore une place pour une forme de Saint-Amour ?”
À quel moment cette question est devenue un sujet artistique pour vous ?
nîm : pour ma part, elle est venue très tôt dans le processus créatif de l’album, car les premiers titres que nous avons créés sont véritablement des révoltes froides dans un concert de destructions bruyantes. Il y avait cette question forte de savoir quelle était la porte de sortie, ou mieux encore la réponse à opposer aux mafias et aux dictatures. Il faut beaucoup de courage ; à moins d’être nimbé d’ignorance ; ou de détachement pour se tenir debout et refuser ces destinations de “bruits de bottes” qu’on nous fait subir ; pour reprendre les mots d’un ami qui me disait qu’on” entend beaucoup de sombres bruits de bottes” dans cet album ; ce avec quoi je suis en accord total.
- Votre musique fonctionne beaucoup par suggestion, sans texte ni voix.
Est-ce que Saint-Amour est une œuvre plus personnelle que vos précédentes sorties, ou est-ce justement le rôle de l’auditeur d’y projeter sa propre histoire ?
nîm : On ne cesse de vouloir que l’auditeur se projette lui-même, au travers de toute notre discographie, mais sur cet album il faut bien dire que les titres des morceaux ne cachent qu’un peu leur contenu. Nous n’avons pas tout dévoilé dans ces titres, mais la direction est là et Saint-Amour est l’expression d’un besoin de lumière et de libération de ma part.
- Après les tensions collectives d’Extase des nations humaines et l’énergie plus frontale de Cascade de partons, on sent ici un déplacement vers quelque chose de plus intime.
Est-ce que cette évolution était consciente dès l’écriture de A ?
nîm : Je ne l’avais pas conscientisé dans l’écriture de l’album, non. Par contre, j’avais un jaillissement irrépressible de choses à dire, et l’album se sera constitué somme toute assez rapidement. Saint-Amour s’est révélé intime un peu sans que je le sache, quelque part. Il y a énormément de mon intérieur au final dans tout cet album, et c’est une première car, sur les albums précédents, c’est Maxime qui était l’initiateur des compositions ; il a toujours eu ce rôle “étincelant” dans Corde, d’ailleurs, et il le poursuit pour le prochain album qui est en train de “pré-naître”.
- Le clip qui accompagne Saint-Amour arrive comme une nouvelle étape dans votre univers visuel.
Comment abordez-vous l’image chez CORDE : est-ce qu’elle accompagne la musique ou est-ce qu’elle fait partie de la composition dès le départ ?
Maxime : Les visuels des albums arrivent assez tôt dans le processus. Au bout de 5 titres composés, on se pose la question de la direction qui va être prise pour illustrer la couverture. On propose notre moodboard à Peurduloup, notre graphiste depuis le début, et il nous surprend toujours par sa vision et son talent.
Pour les vidéos et court-métrages, c’est encore autre chose. On tente d’éclairer ce que l’on veut dire en faisant un pas de côté. On souhaite surprendre, provoquer un sentiment ou une émotion, et raconter de manière suffisamment ouverte pour que chacun s’en empare selon sa propre histoire.
- Votre musique donne souvent l’impression d’un cinéma intérieur : on entend des paysages, des mouvements, presque des récits sans personnages.
Quand vous composez, partez-vous d’émotions, d’images précises ou parfois simplement d’une texture sonore ?
nîm : Pour “A”, oui ce sont très clairement des émotions fortes qui ont débarqué en format pâtes sonores ! Je me considère assez peu comme un instrumentiste pur, plutôt comme un peintre qui ne sait pas peindre, mais qui arrive à retranscrire les couleurs de ses émotions en trouvant relativement rapidement la texture sonore qui leur sied. Ça sort comme une évidence, sans effort particulier. C’est très gratifiant, ce “truc”, et ça permet d’avoir de premiers canevas de rythmes/sons en peu de temps. Chez moi, c’est la texture qui fait aboutir le rythme, et ce sont mes émotions et images mentales qui dictent la texture.
Si vous pouviez effacer un morceau de votre mémoire uniquement pour avoir le plaisir de le redécouvrir pour la première fois ce soir, lequel ce serait ? Pourquoi ?
nîm : Aha, j’adore ce concept parce que j’ai plein de titres pour lesquels j’aimerai bien avoir ce pouvoir d’oubli / découverte! Quelle chance énorme ce serait!
Allez, je vais choisir “Sing Swan Song” de CAN. Ce titre à la fois doux et mélancolique m’a touché plus que de raison. La voix inimitable de Damo Suzuki, le fait de répéter son texte comme un mantra tout en ayant l’impression que ça ne veut pas dire exactement la même chose que la première fois qu’il l’a chanté, l’instrumentation et l’arrangement, le choix du son propre au groupe et maîtrisé par lui, ce côté flottant dans un autre univers, tout est magnifique pour moi.
Maxime : Il y a des titres fondateurs que l’on rencontre dans l’enfance et qui restent centraux dans notre parcours. Le mien c’est Le hall du roi de la montagne de Grieg. Ce choix est une chance, il y a mille versions tellement différentes, c’est une redécouverte à chaque fois.
Steve : Sixte : pourquoi ?? Pour voir ma réaction à chaud
