Il y a quelque chose d’assez intéressant dans le positionnement de Ella Lewis : elle ne semble pas chercher le grand geste dramatique, mais plutôt cette émotion intermédiaire qu’on montre rarement dans la pop le moment où l’on va « un peu mieux », sans être réellement sorti de ce qui pèse.
D’après ce que tu partages sur It’s Not Over, ce premier single d’EP s’inscrit précisément dans cet entre-deux. On sent une filiation avec une pop intimiste et organique qui regarde autant vers l’écriture contemporaine que vers une certaine tradition vocale : Joy Crookes pour la densité émotionnelle, Lizzy McAlpine pour le récit intérieur, Yebba pour la fragilité maîtrisée, ou encore Eloise pour cette façon de laisser respirer les silences.
Chronique du clip : It’s Not Over
Ce qui me frappe dans la description du clip, c’est son refus de raconter une histoire au sens classique. Pas de progression narrative, pas de résolution visible : seulement une présence.
La forêt devient ici moins un décor qu’un état mental.
Ella, seule, habillée de noir, filmée au ralenti, avance comme une figure suspendue entre disparition et retour au monde. Le choix du mouvement ralenti est important : il retire toute urgence aux gestes. Marcher, chanter, danser deviennent des actions presque méditatives comme si le corps essayait de retrouver son rythme après avoir longtemps fonctionné sous tension.
Le titre It’s Not Over pourrait laisser attendre une montée dramatique ou une déclaration de résistance. Or, d’après ton texte, le clip choisit autre chose : la continuité plutôt que le dépassement. Rien n’est « terminé », mais rien n’est totalement réparé non plus.
J’aime particulièrement l’idée du clair-obscur émotionnel que vous évoquez dans la note d’intention. C’est une image juste : il ne s’agit pas d’opposer tristesse et guérison, mais de montrer qu’elles coexistent. La forêt espace traditionnel de perte, de traversée et parfois de transformation fonctionne ici comme une matérialisation de cet état.
Visuellement, ça me fait penser à une esthétique où l’on préfère :
- la contemplation au récit ;
- la présence au symbole appuyé ;
- le flottement à la catharsis.
Et ça rejoint assez bien ce que tu décris de sa musique : une écriture qui ne cherche pas à conclure trop vite.
Le pari est subtil : faire un clip sur l’attente sans qu’il paraisse immobile. Si cela fonctionne à l’image, alors It’s Not Over raconte quelque chose d’assez contemporain non pas « comment aller mieux », mais comment habiter l’espace avant d’aller mieux.
J’ai l’impression que ce morceau ne dit pas : ça ira. Il dit plutôt : on continue, même sans certitude. Et c’est probablement plus fort.
