Dans une époque où les frontières musicales explosent les unes après les autres, Veeko Morlet apparaît comme l’un des visages les plus singuliers de la nouvelle scène instrumentale francophone. Batteur, compositeur, performeur, directeur artistique : l’artiste nordiste ne se contente plus d’accompagner les autres. Il construit désormais un univers total, où la batterie devient un langage principal, capable de dialoguer avec le rap, le jazz, l’électro et la mode.
Né à Lille et originaire d’Aulnoye-Aymeries, Victorien Morlet découvre la batterie à l’âge de cinq ans avant de se former au jazz à l’adolescence. Très vite, il développe une approche instinctive de l’instrument, loin des démonstrations techniques froides. Chez lui, le groove prime toujours sur la performance.
Pendant plusieurs années, Veeko s’impose dans l’ombre comme un musicien recherché. On le retrouve aux côtés de Sofiane Pamart, Aloïse Sauvage, Swing, Georgio ou encore Pharrell Williams. Une trajectoire impressionnante qui révèle surtout sa capacité à traverser les styles sans jamais perdre son identité.
Mais réduire Veeko à un simple “batteur de luxe” serait passer à côté de l’essentiel. Depuis 2024, le musicien développe un projet solo ambitieux avec des titres comme Bukavu, London Beach ou Signs. Des morceaux instrumentaux nourris de nu jazz, de hip-hop et d’influences électroniques, où les textures rythmiques deviennent presque cinématographiques.
Le morceau Bukavu, notamment, résume parfaitement son ADN : une batterie organique, des harmonies jazz modernes et une énergie héritée du rap contemporain. On y ressent autant l’influence de Yussef Dayes que celle des productions hip-hop atmosphériques américaines. Une musique libre, vivante, qui refuse les étiquettes.
En 2025, Veeko franchit une nouvelle étape avec THE WAR WITH U, morceau manifeste accompagné d’un visuel puissant et nerveux. Cette sortie marque officiellement son entrée dans une dimension plus personnelle et plus frontale.
Son premier album, House of Birds, pousse encore plus loin cette vision artistique. L’œuvre mélange collaborations prestigieuses et recherche esthétique assumée, avec des apparitions de Ferdi, Lossapardo ou encore Sofiane Pamart. Veeko y revendique une musique “en mouvement”, pensée comme un voyage permanent entre émotion, puissance et liberté.
Ce qui fascine surtout chez lui, c’est cette volonté constante de transformer le concert en expérience globale. Dans plusieurs interviews, l’artiste explique vouloir sortir le batteur du fond de la scène pour en faire un véritable personnage central. Une vision nourrie autant par la culture hip-hop que par des figures comme Virgil Abloh, dont il admire l’approche pluridisciplinaire.
Cette ambition se retrouve aussi dans son esthétique visuelle. Veeko pense ses projets comme des objets complets : musique, scénographie, lumière, stylisme, narration. Une démarche rare dans le paysage instrumental français, souvent plus discret sur l’image.
Aujourd’hui, alors que la scène jazz contemporaine s’ouvre de plus en plus aux hybridations, Veeko Morlet incarne une génération qui refuse les barrières entre les genres. Un musicien capable de faire dialoguer club culture, improvisation et culture rap avec une élégance instinctive.
Et surtout, un artiste qui rappelle une chose essentielle : la batterie peut être bien plus qu’un simple moteur rythmique. Elle peut devenir une voix.
