Avec Music-Hall Colette, c’est moins un biopic qu’un tourbillon que l’on traverse. Inspiré de la vie de Colette, le spectacle fait le choix audacieux de ne pas disséquer l’œuvre littéraire, mais de mettre en lumière la femme : libre, contradictoire, charnelle, insaisissable.
Dès l’ouverture un faux reportage sur ses obsèques nationales le ton est donné. La solennité journalistique est aussitôt dynamitée par Colette elle-même, incarnée par Cléo Sénia, qui commente sa propre légende avec un humour mordant. Ce décalage fonctionne à merveille : on quitte l’icône figée pour retrouver une femme vivante, vibrante, presque contemporaine.
La mise en scène de Léna Bréban construit un dialogue permanent entre les époques. Le music-hall devient le terrain idéal pour interroger le corps féminin, la nudité, l’émancipation et le féminisme. Plus d’un siècle après les premiers scandales, qu’est-ce qui a vraiment changé ? La question plane, sans lourdeur, portée par l’énergie scénique.
Seule en scène, Cléo Sénia impressionne. Elle chante, danse, mime, s’effeuille avec une aisance remarquable. On sent la performance physique exigeante, presque athlétique, mais rien ne paraît forcé. Certains tableaux sont d’une grande beauté visuelle la danse du miroir, celle des éventails sublimés par des lumières tantôt franches, tantôt sensuelles, et par les costumes élégants d’Alice Touvet, notamment cette silhouette androgyne particulièrement marquante.
La structure narrative, en revanche, peut parfois déstabiliser. Trois niveaux se superposent : Colette, son personnage de Claudine, et Cléo elle-même. L’idée est passionnante créer un dialogue entre la créatrice, sa créature et l’interprète mais quelques clins d’œil contemporains ou traits d’humour semblent parfois rompre l’élan des passages plus littéraires. Rien de rédhibitoire, mais une légère sortie de route émotionnelle par moments.
Musicalement, les chansons composées par Hervé Devolder sont de véritables bijoux : elles prolongent l’atmosphère du music-hall tout en servant le propos avec finesse.
Au final, Music-Hall Colette est une ode joyeuse à la liberté. Plus qu’un portrait académique, c’est une célébration du mouvement, du corps et de la parole. On en ressort avec l’impression d’avoir rencontré une Colette vibrante, moderne, imparfaite et terriblement humaine.

































































